10 novembre 2021

La grande misère du patrimoine congolais: le musée de Gungu a été incendié, des milliers de masques Pende ont été détruits

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A Gungu, une petite ville du Kwilu à 400 km de Kinshasa, les habitants étaient fiers de leur musée, de leur festival qui attirait chaque année un nombre croissant de visiteurs congolais et de touristes étrangers. Les masques Pende (un terme qui veut dire « révoltés » et se réfère aux combats contre les Portugais et contre les colonisateurs belges) sont connus dans le monde entier car ils évoquent des rites d’initiation et de résistance.  Ce précieux patrimoine est parti en fumée dans la nuit du 4 au 5 novembre et le directeur du musée, Antoine Kibala soupçonne un geste criminel. Selon le site congolais « Sept sur Sept » la police a lancé une enquête  mais en attendant d’improbables résultats, les habitants de Gungu  sont atterrés.  Les masques Pende n’étaient pas seulement recherchés par les collectionneurs du monde entier, ils figuraient aussi sur certains billets de banque congolais.

Il est encore difficile de mesurer l’ampleur des dommages : le musée comportait plus de 25.000 pièces,  des masques traditionnels, des objets rituels de grande valeur qui ne sortaient que lors des festivals et des  cérémonies d’initiation. Selon le directeur du musée,  l’ensemble de la collection valait plus de 20 millions de dollars. Toutes les pièces n’auraient cependant pas disparu, on parle de  8 à 9000 masques détruits par le feu mais Antoine Kibala précise que dans les ruines du bâtiment, on n’a retrouvé que 1000 « pièces métalliques ». A Tervuren, Guido Grysseels, le directeur du MRAC relève  que l’imprécision du montant des dégâts démontre aussi que les pièces n’avaient pas été rigoureusement répertoriées…

La destruction du musée de Gungu qui avait bénéficié de financements belges et hollandais n’est cependant que l’un des malheurs qui frappe le patrimoine congolais.

En effet, à l’heure où la Belgique envisage de restituer certaines pièces au Congo  et que le secrétaire d’Etat à la politique scientifique Thomas Derminne est attendu à Kinshasa pour discuter du sujet, les gardiens d’un autre musée sont au désespoir.  En effet, le Mont Ngaliéma, proche du fleuve Congo, n’abritait pas seulement l’une des résidences du président Mobutu et un parc miraculeusement préservé  de la spéculation immobilière:sur le conseil de son conseiller belge, le colonel John Powis de Ten Bossche, le Maréchal avait  ordonné plusieurs « collectes » d’objets traditionnels à travers le pays, qui avaient permis de ramener à Kinshasa des masques, des objets rituels, des poteries, des armes traditionnelles. Un petit musée avait été installé sur  le Mont Ngaliéma afin d’accueillir et de présenter ces pièces dont certaines étaient de grande valeur. Depuis la  fin du règne de Mobutu, la pluie et le manque d’entretien avaient gravement détérioré les lieux, mais des visiteurs, dont de nombreux  écoliers, y venaient encore régulièrement. Se plaignant d’être payés irrégulièrement, les gardiens rappelaient cependant que, lors de la première guerre du Congo, (1996-1997) alors que les troupes de l’AFDL  dont des soldats rwandais occupaient la ville, un commando avait forcé la porte du musée pour s’emparer de certaines pièces sans doute depuis longtemps repérées. Certaines d’entre elles avaient ensuite été retrouvées chez des antiquaires du Sablon.

 Soucieux de défendre le patrimoine de leur pays, les gardiens du musée avaient alors emmené les objets les plus précieux pour les cacher dans la cité et ils les avaient ramenés par la suite.

Aujourd’hui cette fidélité est bien mal récompensée : le président Tshisekedi, qui envisage de faire construire un nouveau palais présidentiel sur le mont Ngaliéma, un projet évalué à 80 millions de dollars, a décidé d’exproprier le vieux musée de Mobutu, invoquant des questions de sécurité. 

Les pièces, en principe, devront être déposées dans des salles situées sous l’échangeur de Limete où se trouve déjà une grande statue de Patrice Lumumba.  Mais les gardiens redoutent les conditions de stockage et les risques de disparition des objets durant les opérations d’évacuation.

Un nouveau musée a cependant été construit sur le Boulevard Triomphal  par la coopération coréenne. Moderne, lumineux,  répondant à toutes les normes de conservation, ce bâtiment de prestige présente des pièces collectées dans tout le pays et il fait l’objet de nombreuses visites scolaires. Mais son directeur assure que l’abondance  du patrimoine congolais est telle que le nouveau musée, déjà bien rempli,  ne pourrait accueillir de nouveaux objets, qu’ils viennent du Mont Ngaliéma ou de Belgique…