8 juin 2008

L’arrestation du chef des Cellules communistes combattantes nous ramène aux années de plomb

Catégorie actualité

L’arrestation à Bruxelles de Pierre Carette, le chef des Cellules communistes combattantes qui aurait mené plusieurs actions terroristes dans les années 80 nous ramène vingt ans en arrière, à ces années de terreur où la Belgique vacilla sous les coups des tueries du Brabant wallon, qui avaient été précédés pare l’attaque sur la caserne de Vielsalm qui fit un blessé grave.
Pierre Carette, auquel est aujourd’hui imputée cette attaque, n’a jamais été inquiété pour ce chef d’inculpation là.
Par contre, son retour en prison coïbcide avec la prise de position de Lucien Dislaire. Cet ancien truand, las de voir les enquêtes s’enliser et risquer d’être couvertes par la prescription, a publié une lettre ouverte, dans laquelle il pose des questions dérangeantes. (voir texte numero deux publié ci après).
Ces questions rejoingnent un complément d’enquête que nous avions réalisé quelques mois après la disparition de notre confrère René Haquin, dans un texte qui n’a jamais été publié mais qui éclaire le contexte trouble de ces évènements survenus, rappelons le, en pleine guerre froide.

La quête inachevée de René Haquin

ncJusqu’à la veille de sa mort, notre regretté confrère René Haquin demeurait hanté par les années de plomb. Ces années 80 endeuillées par les 28 morts des tueries du Brabant Wallon et par les attentats commis par les Cellules communistes combattantes. Haquin se souvenait aussi d’une opération en apparence bien différente, mais qui dérapa, laissant pour mort l’adjudant Karl Fresche : l’attaque de la caserne Ratz à Vielsalm, alors que se déroulait dans les forêts du Luxembourg une manœuvre de l’Otan, baptisée Oesling 84. Le journaliste n’était pas seul à fouiller dans ses souvenirs. A quelques kilomètres de Wancennes, où René s’était retiré, un autre homme s’était lui aussi juré de faire la lumière sur l’attaque de « sa » caserne : le commandant Jean-Claude Marlair. Originaires de la même région, le journaliste et le militaire se connaissaient et s’estimaient. Marlair ne décolérait pas, car à l’époque, il avait été tenu informé de la manœuvre dite Oesling 84, « une manœuvre d’un type inédit, dont le but était de tester le matériel et le personnel des « services spéciaux » dans l’hypothèse d’une invasion et d’une occupation du territoire par les forces du Pacte de Varsovie. »
La manœuvre tirait son nom d’ «Oesling » ce massif boisé courant d’Est en Ouest à travers le Grand Duché de Luxembourg sur le versant nord de la Sûre. La manœuvre était aussi transfrontalière que le massif qui lui avait donné son nom : un relais radio fonctionnait à Vielsalm, un autre à Diekirch au Grand Duché et le centre de coordination général se trouvait à Londres. Des Luxembourgeois participaient également à l’exercice.
Le 10 mai 1984, alors qu’il assure la permanence Oesling à Vielsalm, Marlair est informé par l’officier de garde de Bastogne que leurs casernes vont être prises pour cible, à titre d’entraînement. Mesurant les risques qu’implique une telle opération, l’officier exprime vigoureusement son opposition, il estime qu’il faut à tout prix annuler cet exercice qu’il juge insensé.
Cependant, deux jours plus tard, dans la nuit du 12 au 13 mai, le bloc Est de la caserne et son atelier d’armement sont attaqués par un commando composé d’hommes masqués, aux allures de Rambo. Et cela alors que l’atelier ne contient que très peu d’armes correctes et qu’à quelques mètres de là, dans le bloc voisin, sont entreposées 150 armes neuves auxquelles nul ne touchera…
A ce moment, l’adjudant Karl Fresches mène sa ronde de sécurité. Il a pris le tour de garde en remplacement du titulaire absent et, en confiance, il termine sa ronde. Alors qu’il avance tranquillement, un bruit suspect attire son attention, il dégaine et fait front. Soudain, une rafale stoppe net sa progression. Touché à l’abdomen, il s’écroule. L’obscurité est totale, il ne voit rien de ses agresseurs et choisit de faire le mort. Etendu au sol, il distingue alors un homme portant une veste d’aviateur, qui se dirige vers lui.
A bout portant, alors que l’adjudant ne représente plus la moindre menace, la mitraillette Thomson crache une deuxième rafale. Fresches est touché par trois nouveaux impacts mais par miracle il survivra.
L’enquête sur l’identité de ce tueur de l’ombre n’aboutira jamais. Plus tard, on découvrira dans les caches des CCC et d’Action Directe deux armes provenant de Vielsalm, ce qui permettra de leur imputer l’attentat (même rien de tout cela ne figure sur l’acte d’accusation de Pierre Carette et de ses acolytes.)
Vingt ans plus tard, ayant gardé le contact avec l’adjudant Fresches, versé à la retraite anticipée Marlair se sentait toujours concerné par la vie brisée de son ancien adjoint et il se jurait bien d’un jour découvrir « toute la vérité »…
In fine, il se décida à rendre visite à René Haquin, l’ami d’enfance mais surtout le journaliste qui avait enquêté avec rigueur sur ce sujet et qui venait de publier son dernier livre, « les grands dossiers criminels en Belgique ». (éditions Racine) A l’époque, René Haquin, très touché par la maladie, ne parlait plus, mais comprit tout de suite où Marlair voulait en venir. . Il griffonna un nom sur son carnet : « Dislaire ».
Lucien Dislaire…L’homme n’était pas un inconnu, ni pour la police ni pour l’armée : paracommando au Congo dans les années 60, mercenaire au service de Tshombe au Katanga, il s’était battu contre les forces de l’ONU et contre la Balukabat qui soutenait Lumumba. Par la suite, ce baroudeur, anticommuniste convaincu et patriote à sa façon, ne s’était retiré qu’en apparence dans sa petite ville de Houffalize. Il était resté disponible, mobilisable en cas de besoin et avait gardé des contacts avec l’ambassade des Etats-Unis ainsi qu’avec l’Amicale des paracommandos, dirigée à l’époque par le colonel Jean Militis.
Grâce aux indications de René Haquin, Marlair retrouva donc l’ancien commando. Celui-ci lui réitéra le récit déjà livré au journaliste vingt ans plus tôt, et qu’il nous répéta par la suite.
Dans le cadre d’Oesling, la mission de Dislaire, convenue avec son « contact », était claire : prêter main forte à un commando s’entraînant au combat non conventionnel. Renseigner, transporter, ravitailler, héberger si nécessaire et effectuer des repérages, toutes tâches dont il était prêt à s’acquitter avec zèle.
C’est ainsi que le 10 mai 1984, Lucien Dislaire loue un camion bâché au garage Lambin et amène un commando sur la route Vielsalm Grand Halleux. Le groupe se compose d’une dizaine d’Américains, qui ressemblent à des membres de ces « Special Forces » casernées à Bitburg en Allemagne, quelques paracommandos belges et 5 ou 6 inconnus.
Tous également baraqués, le cheveu ras, le visage camouflé par un maquillage. La camion est laissé dans une carrière, puis le groupe progresse jusqu’à une passerelle en bois qui franchit la Salm derrière ce qui s’appelle à l’époque l’auberge du rocher du Hour. Ils ne sont plus qu’à 1000 mètres de leur objectif lorsque soudain un message annule l’opération. Il a sans doute été tenu compte de l’avertissement de Marlair.
Deux jours plus tard, Dislaire se voit confier une nouvelle mission. Cette fois, il emprunte un bus et au lieu dit Martin Moulin, il embarque un commando d’une dizaine d’hommes à l’allure guerrière, aux tenues pour le moins hétéroclites : vestes de camouflage, lunettes infrarouges, carabines, pistolets. Pour éviter d’être vus par les fenêtres du bus, ils se plaquent au sol. Vers 17 heures, Dislaire atteint le hameau de Farnières, où il débarque son groupe derrière le couvent des Salésiens. Il leur indique le chemin à suivre : deux heures de progression tactique par le bois de Hodinfosse et le Fonds de Crawé pour aborder la caserne Ratz, leur objectif final.
Pour l’ancien mercenaire, la journée se termine.
Ce n’est que le lendemain, le 13 mai au matin, que Dislaire apprend par la radio que cette même nuit l’officier de garde à Vielsalm a été abattu. Comme convenu initialement, il fait le tour de tous les « points de chute » Grand Halleux, Joubieval, Langlir, mais n’y trouve âme qui vive.
Le lendemain, il retrouve deux Américains à la carrière de Grand Halleux et les amène à Joubieval, d’où, pense-t-il, ils seront également héliportés. La plupart des autres ont été évacués par hélicoptère vers Bitburg en Allemagne.
Le 14 mai, les trois Belges débarquent à l’hôtel de Dislaire, dont l’officier de contact. Les hommes sont épuisés, le moral en berne. Ils ont marché de nuit dans les bois, se sont cachés de jour et, dépourvus de contacts et d’informations, déclarent que l’opération a mal tourné, qu’elle a fait un mort. Dislaire les informe que le blessé grave est hospitalisé et les rassure sur ses chances d’en sortir.
Par la suite, apprenant que l’adjudant Fresches a été abattu par une mitraillette Thomson point 45, Dislaire se rappellera avoir vu une même arme être utilisée quelques jours plus tôt au stand de tir de Vielsalm. A l’intention de son commando, un tir de nuit à balles réelles y avait été utilisé, exercice dirigé par des Officiers de 3eme Chasseurs ardennais. Leur panoplie se composait d’armes inhabituelles pour des militaires, comme une carabine 6 mm, une Kalachnikov, en plus de la fameuse Thomson, qui passait de mains en mains…Ces armes et les munitions de guerre avaient vraisemblablement été amenées par des civils, qui avaient puisé dans leurs réserves personnelles.
Après cette étrange équipée, Dislaire poursuit une vie mouvementée, jusqu’à ce que, détenu à Saint Hubert, il prenne la clé des champs et se planque dans le Midi. C’est là qu’une information le fait bondir : l’attaque contre la caserne de Vielsalm aurait été attribuée aux CCC ! Le Robin des Bois qui sommeille en lui se réveille, il décroche son téléphone, appelle Le Soir, demande à parler à René Haquin. Peu désireux de venir en Belgique où il est recherché, il lui fixe rendez vous dans une brasserie belge sur les Champs Elysées.
A l’époque, René Haquin fait écho à ce témoignage dans Le Soir du 12 septembre 1985 mais le passé sulfureux de Dislaire plaide contre lui et ces révélations, malgré l’écho qui leur est donné et les devoirs d’enquête qu’elles entraîneront, demeureront sans effet. Pire encore, lorsque Dislaire retrouve la prison en Belgique, il purgera la totalité de sa peine, toutes les réductions lui ayant été systématiquement refusées et il est officiellement inculpé pour l’attaque de Vielsalm.
Aujourd’hui, Marlair et lui confrontent leurs souvenirs, se souviennent du contexte politique de l’époque. Dans les pays membres de l’OTAN, la guerre froide avait suscité la création de groupes « Stay Behind » destinés à mener des actions de guerrilla en cas d’occupation de ces pays par les troupes du pacte de Varsovie.
Les deux hommes suivent aussi de très près l‘enquête qui se déroule en ce moment au Luxembourg : deux policiers viennent d’y être inculpés, soupçonnés d’avoir pris part aux 18 attentats perpétrés dans leur pays entre 1984 et 1986. (voir Le Soir su 19 décembre 2007)
Dans une conférence de presse, le procureur général de l’ Etat luxembourgeois Robert Biever avait assuré sans ambages que, pour lui, les auteurs de ces attentats étaient des membres des forces de police, et il les accusait d’avoir agi dans le but de « déstabiliser l’Etat afin d’obtenir des renforts pour remplir pleinement la mission de police. » Oesling 84, manœuvre conjointe, à cheval sur les deux pays, pourrait elle, comme les opérations suivantes, avoir poursuivi le même objectif ? Rappelons aussi que les enquêteurs belges ont toujours refusé de faire le lien entre l’attaque de la caserne de Vielsalm et les tueries du Brabant wallon…
Aujourd’hui que Dislaire, par sa lettre ouverte, décide de « sortir du bois », voilà Pierre Carette, au même moment, remis à l’ombre…

Dislaire sort du bois et écrit une lettre ouverte

Lucien DISLAIRE Houffalize, le 9 juin 2008
Place de l’Eglise N° 6
6660 HOUFFALIZE
Tf – 061/289561

A Monsieur le Ministre de la Justice

A Monsieur le Procureur Général
de et à MONS

A Monsieur le Directeur de l’Agence Belga

Veuillez trouver ci-après une
« Lettre ouverte à la Justice et à la Presse belges »
relative à l’affaire Vielsalm. Le 13 mai 1984 à 02h05, alors qu’il effectuait un contrôle de sécurité à la caserne du 3ChA, monsieur Carl Fresches était froidement abattu par des inconnus occupés à vider l’atelier d’armement de la caserne Ratz.

L’enquête, confiée au Parquet de Marche-en-Famenne, fut ensuite transmise au Parquet de Bruxelles, accaparée par la Sûreté de l’Etat pour être finalement remballée à Marche. Sans aucun aboutissement ! Même si, un temps, la piste interne à l’armée fut envisagée, même si l’affaire fut citée en marge des tueries du Brabant wallon, même si les CCC furent soupçonnées, je fus le seul et unique inculpé dans ce dossier. Et le non-lieu prononcé en 1991 ( après six ans de recherches biaisées et souvent fantaisistes ) ne me satisfait nullement.

Au nom de l’adjudant Fresches abattu et « achevé » à bout portant alors qu’il faisait simplement son job et en raison des nombreuses vicissitudes que cette affaire m’a créées, j’en appelle à la Presse belge pour qu’elle joue son rôle de « Quatrième Pouvoir ». J’en appelle à la Justice de mon pays pour qu’enfin elle regarde dans la bonne direction, qu’elle prenne en compte mon vécu sur le terrain dans cette manœuvre et spécialement lors de cette nuit fatidique.

Tout citoyen a des devoirs, mais aussi des droits. J’ai celui de me faire entendre. Et j’en userai, puisque telle est la loi.

Avec toute ma considération
.

Lucien Dislaire

Transmis copie :

A Monsieur Carl Fresches A Monsieur Gilbert Dupont ( La Dernière Heure )
à Walrode à Bruxelles

A Monsieur le Procureur Général A Monsieur Michel Petit ( Le Jeudi )
de et à Liège à Esch-sur-Alzette

A Madame le Procureur du Roi A Madame la Rédactrice en chef ( Le Soir )
de et à Marche-en-Famenne à Bruxelles ( articles de René Haquin )

A Monsieur J-C Marlair
à Couvin

ATTAQUE DE LA CASERNE RATZ A VIELSALM

Lettre ouverte à la Justice et à la Presse belges

Permettez-moi de vous rappeler les faits. En pleine manœuvre Oesling 1984, un commando attaque la caserne des Chasseurs ardennais et y dérobe une vingtaine d’armes. L’adjudant Fresches est froidement abattu. Mis au sol par une première rafale d’abord, on tente de l’achever ensuite à bout portant. Rien à voir avec une « bavure ordinaire ! »
Jean-Claude Marlair était à l’époque le commandant de compagnie de la victime. Vous connaissez le dossier qu’il a établi avec les moyens du bord depuis quatre ans et qui fut transmis par la Ministre de la Justice au Parquet Général de Mons en septembre 2007. Ses recherches touchent enfin au but.

Dès l’ouverture de l’Instruction, les responsables d’Oesling étaient au courant de mes activités de partisan sur le terrain. Cette manœuvre aux objectifs non-conventionnels me séduisait : des paracommandos, des chasseurs ardennais, les services secrets belges et les célèbres Special – Forces américaines, rien que du beau monde à mon sens. Ma présence s’apparentait à un devoir civique. Telle est ma nature de patriote. Mon appartenance aux commandos, ma participation aux opérations humanitaires liées au fiasco de l’Indépendance du Congo et mon engagement comme mercenaire au Katanga sont bien connus de tous. J’avais répondu à la vocation des Autorités belges d’intervenir dans les affaires du jeune Etat. Tellement simpliste de me coller sur le dos une étiquette de « tueur ! » J’ai toujours assumé mon passé et je tiens à être clair : ayant vécu les massacres de 1960-61, je m’étais engagé non pas pour casser du Nègre mais pour sauver du Blanc ! Un point c’est tout.
En clair, mon inculpation en septembre 85 se basait, non sur des faits probants, mais sur la volonté de me punir d’avoir parlé à la presse, en l’occurrence à René Haquin( voir Le Soir du 12-9-85 ) On noya le poisson – où plutôt le poison – qui osait « salir l’armée » et braver les interdits. On m’accusa de forfanterie, on me traita d’affabulateur. Et on maintint pendant six ans l’inculpation d’attaque de l’armurerie avec vol d’armes et tentative d’assassinat. Bref, j’étais un terroriste !

Or, aujourd’hui, plusieurs constats s’imposent :
– René Haquin, dont le professionnalisme ne peut être sérieusement mis en cause, conseilla à son ami Marlair de retrouver Lucien Dislaire. En fin de vie, le journaliste rageait de son impuissance, cloué par la maladie et humilié par les intimidations du passé. « Dislaire parle vrai ! » telle était la conviction qu’il transmit à l’officier.
– Le commandant Marlair en pleine recherche se dit effaré de la manipulation des faits et des hommes. Soyons bref. Si j’ai joué plusieurs fois un rôle « d’attaquant » hors du périmètre de la caserne, à un moment précis l’officier s’est opposé à une attaque déjà en cours. Les recoupements s’en trouveront facilités. Nous nous sommes entretenus de tout cela avec Gilbert Dupont au domicile de J-C Marlair. ( La Dernière Heure du 22-01-2008 )

Nouveau rebondissement avec l’affaire du « Bommeleeër » au Grand-Duché de Luxembourg. Entre 1984 et 86, dix-huit attentats y furent commis, le premier quinze jours après la manœuvre Oesling. Coup de tonnerre : fin 2007, deux gendarmes sont inculpés ! Le Ministre de la Justice Frieden « décapite » la police grand-ducale fin janvier 2008. Pierre Reuland, patron des polices, et son adjoint Guy Stebens sont suspendus.
Au Luxembourg, la presse s’inquiète des mensonges accumulés à propos de la manœuvre Oesling et des vérités qui se font jour. L’affaire fait grand bruit là-bas. Marlair et moi-même sommes contactés par des journalistes d’investigation plein d’entrain.

Le Major Urbain, très actif à Oesling 84, revint en 85 à Vielsalm en fonction de second. En septembre 85, il répondit donc aux questions de René Haquin relatives à notre entretien à Paris. ( Le Soir du 12-9-1985 ) Début 2008, 23 ans plus tard, Urbain est lui-même interviewé par Michel Petit. ( Le Jeudi du 22-2-2008 ) L’officier fait alors étalage de sa conception dogmatique des opérations, s’alignant en béni-oui-oui sur une vérité imposée et analysant les événements avec une légèreté alarmante. « Nous, on riait ! » déclare-t-il en se moquant des « collègues » américains. C’est faire là peu de cas des souffrances de Carl Fresches et des questionnements de la majorité des gradés du 3ChA.
Mais puisque Dislaire fantasme et que Marlair est parano : où est le problème ?

Le 22 février 2008, « Le Jeudi » publie l’interview de J-P Urbain. Et en annexe, le pro-justitia de son audition du 29-11-1985 ! Plutôt stupéfiant ! Mais revenons sur la chronologie des faits. R. Haquin publie mes révélations le 12 septembre 85. S’en suivirent mon inculpation et mon extradition du Luxembourg. Le Parquet de Marche auditionna alors les protagonistes de Oesling. Le 29-11-85, Urbain est entendu par le chef de la PJ ( Claude Gosset ) qui transmet le PV au Juge Pochet.
Attardons-nous sur cette déclaration du sieur Urbain. Il savait dès le 07-05-84, je cite : « …une attaque était également projetée dans le Nord, et plus précisément la caserne de Vielsalm, en l’occurrence le parc hélicoptères. Je pense que cette attaque avait été projetée pour le week-end suivant, c’est-à-dire du 12 au 13/05/84. Je n’en suis cependant pas formel. Le Lt Van Galle m’a dit que le Lt Choffray était déjà au courant de ce projet. Il a ajouté que cette attaque devait être faite par le Lt Choffray… » Urbain cloue d’emblée l’organisation même d’Oesling au pilori. Lisons : « …comme ils n’avaient pas d’objectifs précis à attaquer, ils en ont purement et simplement inventés, pour s’occuper. »
On croit rêver ! Joli déversement des ordures sur les collègues et les « petits ». De plus, la date mentionnée par Urbain correspond à la nuit où Fresches fut buté. Dans ma narration à R. Haquin ( antérieure de trois mois au pro-justitia de Urbain ) j’avais mentionné l’achat de bombes de couleur pour taguer les hélicoptères. Cet achat a été d’ailleurs contrôlé par le journaliste et par la police. Et j’ai révélé à monsieur Dupont ( La Dernière Heure 22-6-08 ) lors de notre rencontre au domicile de J-C Marlair, le nom de mon officier-contact et chef du peloton belgo-américain dans la région : le lieutenant Marcel Choffray !
CQFD.
Deux éléments sont à ajouter. D’abord, le commandant Marlair dispose de tous les éléments accréditant la manipulation des commandos de Flawinne la nuit du 12/13 mai au profit d’un projet pervers. Ensuite, on m’a raconté pis que pendre sur le compte de monsieur Fresches, on m’a menacé tant et plus. Convaincu de la version « bavure de manœuvre », j’avais tu jusqu’alors l’identité de Choffray au nom de la camaraderie entre commandos.
Je laisse à Urbain et à Choffray le soin de demander des explications au Parquet de Marche pour avoir refilé – Dieu sait comment – des pièces d’une affaire aussi sensible, si ce n’est « secrète ». Quelques pièces seulement ? Ou tout le dossier ? La presse étrangère va se poser une fois de plus des questions sur le sérieux de notre système judiciaire.
Ceci, d’autant plus que le Parquet de Marche n’est pas nécessairement le seul concerné. En effet, tout au long de la procédure, le Parquet de Marche-en-Famenne fut dessaisi à deux reprises. On peut légitimement se poser des questions sur l’origine des fuites : Marche, Bruxelles ou Jumet ?

Il est temps maintenant de couper les ailes au canard nommé « CCC. »
Si l’on s’en tient à la version répandue à gogo sur la culpabilité des CCC, le dossier relève du terrorisme. Dès lors, comme dans les tueries du Brabant wallon, la prescription doit être portée à 30 ans, soit jusqu’en 2014 ( plus les actes interruptifs ). Pourquoi la Justice belge a-t-elle, dès lors, fait pareil cadeau à Pierre Carette et aux siens ?
Au nom des CCC, Carette revendique ( paraît-il ?) l’attaque de Vielsalm, sans aucun élément probant. Il serait donc logique et urgent de lui coller l’inculpation qu’on m’a mise sur le dos : en tant qu’auteur, co-auteur, instigateur ou complice de cette attaque.
Lors de leur procès aux Assises à l’automne 1988, les CCC ne furent JAMAIS inquiétées par l’affaire Vielsalm. Si Carette ne fut jamais inculpé, c’est bien parce ses déclarations étaient des coquilles vides et fantaisistes et qu’il fut parfaitement instrumentalisé ! Alors, impossible d’amener cette affaire dans un prétoire et de déballer les remugles de 24 ans d’inerties et de manipulations.
Il fallait du sang dans l’affaire CCC et il y en eut Rue des Sols à Bruxelles. Si Carette, réellement, revendique l’attaque de Vielsalm ( tentative d’assassinat, mise à mort avec coup de grâce ) depuis plus de vingt ans, pourquoi la Justice n’a-t-elle pas agi ?
Dislaire et Carette étant hors du coup, il faudra bien ouvrir la boite de Pandore soigneusement fermée depuis plus de vingt ans et trouver le troisième larron : le bon cette fois-ci ! A moins qu’on ne refuse la vérité au bon peuple de Belgique ?

J’envisage donc :

– De demander la réouverture du dossier Vielsalm sur base de la loi antiterroriste

– De demander des comptes au Parquet de Marche-en-Famenne pour divulgation des pièces du dossier de l’attaque de Vielsalm

– De demander le désistement du Parquet de Marche qui n’a jamais finalisé ce dossier tout en se distinguant par son acharnement à mon égard.

– De déposer plainte contre Pierre Carette pour l’attaque de Vielsalm pour, je cite : «…comme auteur, coauteur, complice ou instigateur, des armes ayant été montrées et utilisées, et tentative d’assassinat sur l’officier de garde. » Mon inculpation reste à ce jour la seule prononcée dans cette affaire « oubliée » Celle de Pierre Carette irait de soi s’il revendique cet acte terroriste depuis des années…sans émouvoir ni magistrats, ni enquêteurs !

J’ai donc décidé :

De me porter partie civile pour le préjudice subi !

Une seule chose est parfaitement claire :
La nuit du 12 au 13 mai 1984, à l’occasion de la manœuvre Oesling, un homme a bénéficié d’un PERMIS de TUER. Avec, en prime, un acte d’impunité.
« Nous, on riait ! » ironise le lieutenant-colonel er Urbain. ( Le Jeudi du 22-2-2008 )
Je ne pense pas que monsieur Fresches, truffé de plomb en faisant correctement son boulot, pas plus que moi, n’ait jamais eu la moindre envie d’en rire.

Fait à Houffalize le 9 juin 2008

Lucien Dislaire