30 août 2021

Le Congo renoue avec le Fonds monétaire international

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Alors qu’en 2015 la RDC avait rompu ses accords avec le Fonds monétaire international,  Kinshasa est à  nouveau « entré en programme » avec les institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque Mondiale, dont le premier décaissement s’élèvera à 1,5  milliard de dollars. Ce montant devrait permettre entre autres de renforcer les réserves de la Banque centrale du Congo, de soutenir la balance  commerciale et de stopper la dévaluation constante du franc congolais.

La rupture entre la RDC et ses partenaires internationaux avait  été provoquée par des différends croissants entre ces derniers et le pouvoir de Joseph Kabila.  A l’époque, Albert Yuma, patron de la  Gecamines, à la tête de la FEC  (Fédération des entreprises du Congo) se montrait très critique à l’égard des institutions internationales et des Occidentaux qui, au sortir des deux guerres du Congo, avaient poussé le pays à libéraliser le secteur minier. Albert Yuma assurait en 2021 que,  que depuis 2006, la RDC avait perdu l’équivalent de 6, 5 milliards de dollars, produisant et exportant 40 millions de tonnes de cuivre, 4,5 tonnes de cobalt et 4,3 millions de tonnes de zinc. 

De leur côté, les Occidentaux s’étaient inquiétés de l’opacité des contrats passés avec la Chine qui avait littéralement mis la main sur le cobalt dont le Congo est l’un des premiers producteurs mondiaux,  tandis que se multipliaient les rapports révélant la corruption des dirigeants.  La dernière révélation, publiée par l’agence Bloomberg,  émane des procureurs britanniques qui ont déclaré aux autorités suisses  qu’ils détenaient la preuve de l’existence d’un réseau présumé de blanchiment d’argent. Sur  une période de cinq ans il  aurait  permis le détournement, sous forme de pots de vin, de 379 millions de dollars, une somme qui dépasse largement les dépenses du Congo dans le domaine des soins de santé.  Le Serious Fraud Office  britannique  a  déclaré aux autorités suisses que des individus et entités  au Congo, à Gibraltar, au Royaume uni et en Suisse  auraient été » impliqués  dans un réseau de blanchiment d’argent entre 2006 et 2001. L’agence Bloomberg  précise qu’à l’origine des pots de vin se trouverait un certain « C »  qui pourrait être Dan Gertler,  le milliardaire israélien actif au Congo et placé sous sanctions par les Etats Unis.  

Les autorités actuelles espèrent que, ayant renoué avec les institutions de Bretton Woods, elles  seront soutenues dans la lutte contre la corruption que mène actuellement l’IGF, l’inspection générale des finances, de plus en plus redoutée et qu’elles pourront réviser les contrats passés avec les Chinois. « Nous avons besoin de transparence » insiste André Wameso, le conseiller économique du président  «  il ne s’agît pas de se fâcher avec les Chinois, mais de voir clair dans tous les contrats miniers et, s’il le faut, de les renégocier… » Avec l’aide des institutions internationales…

30 août 2021

L’ancien Premier Ministre Matata Mponyo frappé par la “judiciarisation”

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Etienne Tshisekedi, père de l’actuel président congolais était le premier docteur en droit de l’histoire du Congo  et lorsqu’il fut nommé Ministre de la Justice, sa province d’origine le Kasaï devint une pépinière de juristes, qui alimentèrent le barreau, la magistrature, les rangs des défenseurs des droits de l’homme. Rien d’étonnant dès lors à ce que Félix Tshisekedi  mette aujourd’hui en œuvre une nouvelle forme de combat politique : la judiciarisation. Une méthode simple, qui consiste, par voie judiciaire,  à écarter du jeu de  potentiels rivaux ou des adversaires déclarés en invoquant des pratiques de corruption, dont l’origine remonte à la  Table ronde du printemps 1960…

L’ancien Premier Ministre de Joseph Kabila, Matata Ponyo Mapon, dont l’immunité parlementaire avait été levée,   vient ainsi d’être mis en résidence surveillée  après avoir été confronté aux inspecteurs de la police judiciaire tandis que son ancien directeur de cabinet était acheminé à la prison de Makala.  Le sénateur déchu avait déjà été cité dans l’accablante affaire de Bukanga Lonzo, ce méga projet agricole  dans le Bandundu, qui coûta  300 millions de dollars à l’Etat congolais, partenaire d’une société sud africaine Africom.  Dans le cas présent, l’ex Premier Ministre est poursuivi  dans l’affaire dite de la zaïrianisation. Au début des années 70 en effet, le président Mobutu avait zaïrianisé des biens et des sociétés appartenant à des étrangers et cette  nationalisation, qui avait bénéficié à l’entourage du chef de l’Etat et à son parti avait lésé de nombreux Belges. Durant quatre décennies, le Zaïre fut confronté à cette créance et lorsque  le président Joseph Kabila plaida pour que soit allégée ou supprimée la dette dont le remboursement plombait les finances congolaises,  le FMI comme la Banque Mondiale ne se contentèrent pas de critiquer les crédits chinois, ils posèrent comme préalable le remboursement des créanciers des années 70 et la direction de la dette publique se chargea des négociations.  Même avec une décote, les 300 créanciers furent finalement dédommagés et la RDC  bénéficiant d’une annulation de sa dette, se retrouva  à nouveau éligible aux programmes de soutien du FMI et de la Banque Mondiale.  M. Matata Mponyo  alors ministre des Finances de Joseph Kabila, est aujourd’hui accusé d’avoir remboursé des créanciers fictifs. Il nous a déclaré que les ambassadeurs occidentaux de l’époque pourraient témoigner du fait que ces créanciers, parmi lesquels de nombreux Belges, étaient bien réels et qu’ils furent dédommagés, le travail préparatoire ayant été mené par la Direction de gestion de la dette publique (DGDP).

Si cette accusation  fait long feu, d’autres charges, en plus de Bukanga Lonzo,  seront sans doute brandies contre l’ancien premier ministre et surtout contre son épouse. En effet, alors que M. Matata entretenait une réputation de rigueur et d’efficacité (arrivé au bureau dès l’aube il associait rigueur et ponctualité…) il laissait son épouse mener les affaires privées.  Au-delà des affaires financières, aussi lourdes soient elles, le grief principal est que M. Matata, un ancien pilier du système Kabila, a gardé une certaine popularité dans sa province du Maniema  où il a construit avec l’argent de l’Etat une université et de nombreuses écoles. Son sort rappelle celui de Vital Kamerhe,  ancien directeur de cabinet de Tshisekedi : accusé de détournement de fonds dans le cadre du programme dit des 100 jours et  jeté en prison toutes ses demandes  d’élargissement pour raisons de santé sont systématiquement rejetées malgré la popularité qu’il garde au Kivu.  De la même manière, le gouverneur de la province du Lualaba Richard Mueij, qui construisit de nombreux bâtiments publics à Kolwezi et tenta de réguler l’exploitation minière, se trouve aujourd’hui sur la touche  à Kinshasa.

Quant à Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga,  il est directement visé par une proposition de loi déposée par Noël Tshiani, un banquier d’origine kasaïenne, qui voudrait réserver la joute électorale aux candidats de père et de mère congolais.  Cette exigence de « congolité » (qui rappelle l’ « ivoirité » qui fit couler le sang en Côte d’Ivoire) pourrait s’avérer dangereuse dans l’immense Congo où l’invocation de la « nationalité douteuse » est déjà une arme politique bien affûtée.  Elle pourrait même se retourner, tout comme la judiciarisation, contre l’actuel président qui a passé trente années en Belgique, « sa seconde patrie ». Certes, Félix Tshisekedi n’a pas le  passeport belge, mais  de très nombreux membres de son cabinet sont issus de l’ancienne métropole. Faute de résultats tangibles, qu’il s’agisse de l’économie,  de l’Est où l’état de siège est toujours en vigueur ou de la gestion du Covid, les armes que le pouvoir, deux ans avant les élections, fourbit pour disqualifier ses rivaux potentiels, sont à double tranchant.  

30 août 2021

Pourquoi les faiseurs de paix ont échoué au Congo

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Severine Auteserre n’est pas seulement professeur de sciences politiques à Columbia : depuis la fin de ses études, cette chercheuse d’origine française  fréquente le monde des ONG internationales, elle a multiplié les missions de terrain qui l’ont menée en Colombie, en Somalie, dans les territoires palestiniens, au République démocratique du Congo et elle a aussi suivi d’innombrables conférences de paix organisées par les Nations unies. Autrement dit, du bas en haut de l’échelle, elle a fréquenté les «faiseurs de paix » et souvent  participé à leurs interventions. Mais son constat est sans appel : ca ne marche pas. Dans la plupart des cas, la paix, conçue dans les hautes sphères et imposée à grands frais finit par échouer, malgré des  réussites comme le Cambodge, le Liberia, Timor Est ou la Sierra Leone. Ayant été confrontée, depuis un quart de siècle aux interminables guerres du Congo,  la scientifique, dont  le père fut journaliste, a tenté d’analyser les raisons de l’échec des « faiseurs de paix ». Ces  « Peacelanders », rouages de ce qu’elle appelle « Peace Inc »  font tourner une industrie globale qui occupe plus de 100.000 Casques bleus, des milliers de diplomates, de médiateurs et autres envoyés spéciaux, avec un budget évalué à 22 milliards de dollars par an. Cette manne   fait tourner les centres de conférence, les hôtels internationaux, les compagnies aériennes mais quelques gouttelettes seulement retombent sur les populations concernées qui dénoncent volontiers l’arrogance, la condescendance de ceux qui leur veulent du bien sans prendre la peine  de les écouter. L’auteur est d’autant plus féroce qu’elle a parcouru dans tous les sens la « multinationale de la paix » : elle a constaté que les « faiseurs de paix », bien souvent, ignorent la langue du pays et vivent en vase clos, coupés des populations par de strictes règles de sécurité et un niveau de vie incomparablement supérieur, que la fréquentation trop assidue des « locaux » est mal vue («you are going native… »), que les missions qui s’enchaînent aux quatre coins de la planète dépassent rarement les deux ou trois ans et que, par conséquent, les propositions de paix ont tendance à se ressembler, à être des « copier coller ».  « C’est une histoire entre élites » assène l’auteur, « où les intervenants extérieurs croient que la solution, c’est mettre ensemble des politiciens locaux, quelques chefs de guerre, les doter de « per diems » et de billets d’avion et les persuader d’organiser des élections financées de l’extérieur, dont le vainqueur présumé, adoubé par la reconnaissance internationale, aura tous les attributs de la légitimité. » Coûteuses et venues d’en haut, ces solutions amènent elles la paix, le développement ? Severine Auteserre, se souvenant du Burundi ou  des accords de  paix conclus en RDC n’y croit pas et elle souligne le fait que les enjeux purement locaux sont souvent ignorés ou sous estimés : « au Sud Kivu, où s’affrontent les Tutsis congolais banyamulenge et des  groupes de Mai Mai congolais, il est trop facile de ne voir que les répercussions des guerres menées au Congo par le Rwanda. On oublie la rivalité entre éleveurs et agriculteurs, la compétition pour les terres cultivables et leur appropriation par les élites,  les effets de la surpopulation et la destruction de l’environnement… » Parfois cependant, des ONG comme Life and Peace Institute tentent des démarches fondées sur le dialogue communautaire, privilégient les longs échanges à la base, mais leurs efforts manquent de reconnaissance internationale et donc de financements…

L’auteur, formée à l’école américaine de l’optimisme de la volonté, s’interdit le pessimisme de la raison et s’attache, de manière captivante, à présenter un « contre exemple » : elle explique  que l’île d’Idjui, au milieu du lac Kivu, entre le Rwanda et la RDC,  a réussi à rester à l’écart des innombrables guerres, internationales et locales qui ont ensanglanté la région depuis un quart de siècle. Idjui cependant est pauvre, surpeuplée, les Pygmées y sont victimes de discriminations… Cependant dans cette région envahie par la violence, les habitants  ont toujours réussi à dissuader des chefs de guerre de débarquer chez eux : peut-être leur réputation de sorciers les a-t-elle précédés ? Plus sûrement,  ses habitants ont réussi à maintenir une réelle culture de la non violence, fondés sur les associations locales et les liens communautaires…

 Autrement dit, à Idjui et ailleurs, la paix est possible, mais elle doit se construire à la base, et prendre en compte les enjeux locaux, aussi modestes soient ils. Ce qui demande du temps et de la patience, denrées rares au sein de Peace Inc, la multinationale de la paix…

Severine Auteserre, the Frontlines of Peace, Oxford University Press                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

30 août 2021

Le cardinal Monsengwo était à la fois prince de l’église et porteur des aspirations démocratiques des Congolais

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De sa voix nasillarde mais ferme, sur un ton toujours mesuré mais précis,  le cardinal Laurent Monsengwo Pasinyia, qui vient de s’éteindre à l’âge de 81 ans, aura côtoyé et interpellé tous les dirigeants de la République démocratique du Congo.  Digne successeur de son mentor, le cardinal Joseph-Albert Malula, -le prélat qui avait marqué les premières années de l’indépendance-, Laurent Monsengwo qui fut deux fois président de la conférence épiscopale, était à la fois un grand notable et un  redoutable interprète des aspirations populaires. Né au  Bandundu, il était issu, par sa mère, d’une famille princière  et  c’est au Vatican qu’il mena une partie de ses études,  devenant l’un des premiers africains à s’être spécialisé dans l’exégèse des textes bibliques. Ordonné prêtre en 1963,  il maîtrisait  une douzaine de langues, dont toutes celles de la Bible, parmi lesquelles le grec, l’araméen, l’hébreu. Il jouait et composait de l’orgue et  demeura  l’une des figures familières du Vatican, choisi par le pape François pour l’épauler dans sa réforme de la Curie romaine et la révision de la Constitution apostolique. Tout en côtoyant à Rome   les plus grands dignitaires, il demeurait attentif  à l’évolution de l’église congolaise, veillant à ce qu’elle s’adapte à la culture et aux besoins de la population. C’est grâce à lui qu’au Congo  les fidèles ont été autorisés à chanter et, sinon à danser, du moins à avancer et à bouger en cadence…

C’est au début des années 90 que le prélat qui est encore l’évêque auxiliaire de Kisangani  commence à marquer l’histoire de son pays. A cette époque, la guerre froide étant terminée, le président Mobutu entre en disgrâce tandis que la population rejette le parti unique et la corruption du régime ; elle aspire à la démocratisation et souhaite faire le bilan de trois  décennies d’indépendance. Laurent  Monsengwo, à  la fois ferme et mesuré, est désigné pour présider les travaux de la Conférence nationale souveraine (CNS). Cette sorte d’état des lieux auquel participent  les forces vives de la nation est censé  mener à la démocratie, incarnée à l’époque par Etienne Tshisekedi et son parti l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), le principal parti de l’opposition.  Avec courage,  le prélat, qui n’a rien d‘un révolutionnaire ni d’un partisan de la théologie de la libération et qui serait plutôt proche d’un parti « libéral » , l’UDI  (Union des démocrates indépendants),  soutient l’appel des laïcs chrétiens. Le 16 février 1992, les catholiques sont des dizaines de milliers à marcher dans Kinshasa pour réclamer la réouverture de la CNS. Nul  n’a oublié le bain de sang qui  suivit, lorsque les militaires ouvrirent le feu sur la foule, faisant des dizaines de morts et de blessés.  La conférence se terminera sans réellement conclure, Mgr Monsengwo n’ayant  jamais fait publier les deux rapports  les plus explosifs consacrés aux assassinats politiques commis depuis 1960 et aux détournements de fonds. Mais  l’exercice annonce la fin du régime de Mobutu, qui sera chassé du pouvoir en mai 1997  non par un soulèvement  populaire mais par un mouvement armé dont le porte parole est Laurent Désiré Kabila.  Là encore, Monsengwo représente un acteur de premier plan : présidant le Haut Conseil de la République, sorte de parlement de transition,  c’est en vain qu’il propose  une troisième voie, incarnée par le président du Sénat Léon Kengo wa Dondo ou que, face aux révolutionnaires soutenus par le Rwanda, son propre nom est cité par les Français…

Confronté au « tombeur » de Mobutu, Laurent Désiré Kabila, l’évèque de Kisangani garde une distance critique. Lorsqu’en 2001  Joseph Kabila qui s’affiche comme protestant succède à son père assassiné,  le prélat se partage entre Rome et Kisangani ; il  joue un rôle croissant au sein de l’Eglise catholique, s’emploie à réformer la Curie et devient cardinal en 2010, mais demeure à la fois en contact avec le pouvoir et avec les aspirations de la population. Alors qu’en 2015, Joseph Kabila souhaite différer les élections,  semble rêver d‘un troisième mandat et tente de séduire les évêques de l’Est  du pays, l’archevèque de Kinshasa réunit autour de lui des intellectuels chrétiens comme l’historien Isidore Ndaywel. Un « comité laïc de coordination » voit le jour et, comme vingt ans plus tôt, les croyants se retrouvent dans la rue, défiant les gaz lacrymogènes et les tirs à balles réelles.  La parole du prélat est d’autant plus percutante que les mots sont comptés : « que les médiocres dégagent ». Laurent Monsengwo, doté d’un garde du corps,  redevient l’un des symboles de la résistance et l’Eglise catholique est fermement soutenue par les Occidentaux qui refusent l’idée que Joseph Kabila, l’ami des Chinois, puisse postuler pour un troisième mandat non constitutionnel. Habile stratège, Kabila  envoie des émissaires au Vatican, reconnaît les  propriétés de l’Eglise au Congo, et finalement  l’accord de la Saint Sylvestre est signé le 31décembre 2016, prévoyant une transition d’un an, au terme de laquelle le président sortant ne se représentera pas. Au cours de ces interminables négociations, la Conférence épiscopale demeure au centre du jeu et en novembre 2018,  Mgr Ambongo, originaire  de l’Equateur,  est nommé à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa. Le cardinal Monsengwo s’éloigne du pouvoir, compose de l’orgue dans sa chambre et sa disparition suscite des éloges unanimes…

30 août 2021

Pepinster compte ses morts, ses disparus, défie les voleurs et ne compte que sur la solidarité

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A Pepinster, l’étreinte de la Vesdre et de la Hogne s’est transformée en étau.  Du côté droit de la ville, longeant la Hogne,  des arbres à la dérive font trembler le pont ; jusqu’au premier étage les maisons de brique ont été léchées par le flot brun, les portes des rez de chaussée sont verrouillées par le bois gonflé d’eau. Accompagnés par les sanglots d’une dame qui venait de rénover l’appartement de sa fille,  les voisins font sauter les vitres et pénètrent dans un logis dans lequel flottent fauteuils et divans, où les meubles salis semblent avoir été bousculés par une main géante tandis que le papier peint flotte dans le couloir comme une tenture détrempée. Dans ce quartier modeste, les parents avaient aidé leurs enfants à s’installer, de nouveaux commerces avaient fait leur apparition, le jeune vétérinaire avait modernisé la salle de consultations de son père et si toutes ses installations sont détruites il se réjouit d’avoir pu sauver ses « hospitalisés » c’est-à-dire les chiens et chats qui lui avaient été confiés.  Aux étages situés au dessus d’un magasin d’alimentation, des gens âgés attendent encore qu’on vienne les chercher et ils adressent de grands gestes à l’hélicoptère qui survole la ville et hélitreuille ceux qui n’ont plus d’escalier à descendre. Dans cette rue où tout le monde se connaît,  des habitants,  les larmes aux yeux, désignent un grand trou dans l’alignement des maisons « mon voisin était juché sur son toit, mais la maison s’est écroulée sous lui et il a disparu dans les flots », explique une femme éplorée. Rongées par les flots furieux  qui charriaient des arbres à la dérive, une dizaine de maisons ont été effacées,  seuls se dressent quelques pans de murs ou  des annexes arrachées au corps de logis oscillent dans le vide.  De l’eau jusqu’à la taille, deux hommes marchent au milieu de la rue tandis qu’on leur crie d’être prudents, car la police a enlevé les taques d’égout afin de permettre l’écoulement de l’eau.   Venus d’Avallon, une cité sociale installée de l’autre côté de la rivière, ils voudraient savoir si, ici, il y aurait  du réseau téléphonique ou de l’eau potable, mais la réponse est négative. Les gens vident leur cave, balaient des montagnes de boue souvent empestée par le mazout qui s’échappe des  bidons éventrés,  maudissent les voleurs qui se sont glissés dans les maisons dévastées. Mais dès que s’interrompt  la noria des brouettes, la colère éclate : « c’est mercredi, sur le coup de 17 heures, que tout s’est joué. Alors que les caves et les garages étaient déjà inondés,  tout à coup, en quelques minutes, l’eau est montée d’un  coup, gagnant un mètre cinquante en direction des étages. Plus tard, nous avons appris qu’au barrage de la Gileppe, sur le point de déborder, on avait décidé d’ouvrir les vannes… Mais nous,  on ne savait rien… »

Pas prévenus, pas aidés, ou pas encore, les gens de Pepinster ont retroussé manches et pantalons, ils se battent contre l’eau souillée qui se glisse partout et qui éparpille des fragments de leur vie sur l’asphalte déchiré. Secourus par des fermiers à bord de leurs immenses tracteurs,  ramenés au sol par des bennes, ils ne se plaignent même pas  de la quasi absence des pouvoirs  publics, à l’exception des pompiers locaux et des fournisseurs de groupes électrogènes qui déposent partout  de gros blocs de secours.  A la sortie de la ville gît un canot de sauvetage rouge, l’hélice arrachée. Il affiche encore ses origines « Zuid Oost  Gent » et chacun raconte comment, secoué par le flot furieux, il se renversa en jetant à l’eau ses occupants. Trois civils disparurent dans les tourbillons  mais les pompiers au casque jaune dérivèrent dans le courant et réussirent çà s’accrocher à  des arbres en divagation.
De l’autre côté du pont détruit,  au cœur de la ville que l’on rejoint soit après de longs détours, soit en se colletant au flot brun et rapide, la désolation est identique :  garages éventrés, voitures qui se chevauchent après avoir dérivé dans l’eau, fragments de mobilier, de vaisselle qui s’empilent dans les caniveaux gargouillants. Ici, c’est la Vesdre qui est sortie de son lit sans réussir à effacer, dans les prés qui s’étalent à la sortie de la ville, les larges et circulaires empreintes des camps scouts où l’herbe est demeurée tassée.

Cependant, au milieu de l’accablement général, on décèle comme un sursaut : ici, le patron d’un bistrot extrait de la boue des bouteilles de bière locale et, tant qu’à faire, les propose aux passants. Là, de  jeunes volontaires soutiennent Camille, un septuagénaire en surpoids qui, de l’eau jusqu’aux épaules,  traverse la route transformée en rivière  et marque une pause devant un drapeau trempé célébrant les Diables rouges. Assurant qu’il a échappé à la mort, il refuse de se plaindre, remercie ses accompagnateurs bénévoles et assure que ce qu’il faut retenir, c’est la solidarité.  Peut-être a-t-il raison : à quelques mètres de là, Mike et Iege, deux amis venus de Diksmuide, insistent pour offrir aux passants des hamburgers et des bouteilles d’eau. Que font-ils ici ? Ils assurent  que la veille, ayant vu les images de Pepinster à la télévision, ils ont rempli de provisions le coffre de leur voiture et  foncé de l’autre côté de la Belgique… Lorsque nous atteignons le sommet du pont sur lequel passe le chemin de fer et d’où l’on mesure l’immensité des dégâts, des silhouettes cheminant le long des voies nous intriguent.  Françoise, une petite dame en anorak bleu, a déjà parcouru 7 kilomètres depuis Cofontaine : le téléphone étant coupé, il lui faut coûte que coûte prendre des nouvelles de sa famille  et rien ne l’arrêtera.  De l’autre côté des rails,  la famille Leclerc  avance à petits pas prudents : les parents sont chargés de gros sacs et même les deux petites filles trimballent des paquets dans lesquels on devine des poupées et des peluches. La voiture est garée derrière le pont, les visiteurs viennent de Charleroi et ils comptent bien revenir les jours suivants. Ils  expliquent qu’ils ont de la famille à Pepinster, des tantes, des cousins et que, apprenant cela, les voisins de Charleroi, en quelques heures, se sont réunis pour rassembler des vêtements, du linge tandis que les enfants proposaient leurs jouets.  « Le mouvement prend de l’ampleur » souligne la mère de famille, « tout notre quartier est mobilisé et demain nous reviendrons, avec plusieurs voitures chargées… »

Sur la route du retour, où nous croisons le cortège royal, le ciel nous paraît légèrement moins plombé.

30 août 2021

L’armée éthiopienne est mise en échec dans le Tigré et Addis Abeba met fin à l’offensive

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La manière forte a fait long feu mais la province rebelle est détruite

Huit mois de guerre, plus de  900.000 civils en  état de détresse extrême, la destruction de monuments historiques  mais aussi de puits et d’adductions d’eau :  la guerre qui vient de se terminer au Tigré, où les troupes des anciens dirigeants locaux, le Front populaire pour la libération du Tigré ont repris la capitale Makale,  laisse exsangue une province rétive,  dont la population avait eu l’audace de soutenir ses anciens dirigeants et a été châtiée en conséquence…Addis Abeba, arguant de la nécessité de préserver la prochaine saison agricole, a décrété la fin d’une opération militaire qui s’est soldée par une défaite. 

La fin de la guerre décrétée au Tigré par le Premier Ministre éthiopien Abyi Ahmed est due à plusieurs facteurs : le premier, le plus amer sans doute pour une capitale qui voulait affirmer son autorité, est l’échec sur le plan  militaire. Les troupes fédérales, renforcées par des bataillons venus d’Erythrée,  n’ont pas été capables de venir à bout  de ce qu’ils appelaient avec mépris une « clique » : le Front populaire pour la libération du Tigré  a repris les positions perdues et est revenu en vainqueur dans  la capitale Makale. Pour cela il a pu compter sur ses troupes, des combattants rompus à la guerrilla,  opérant dans des montagnes inexpugnables, des dirigeants qui ont retenu les leçons des maquis d’autrefois (du temps où ils luttaient contre le dictateur Mengistu Hailé Mariam)  et surtout  sur le soutien de la population locale, reconnaissante des nombreux progrès enregistrés durant le règne des anciens maquisards maoïstes.  Il a aussi disposé des armements de l’armée fédérale entreposés dans la province du Nord et dont il s’était emparé à la veille des hostilités.

Non seulement le Premier Ministre, déclenchant une simple opération de maintien de l’ordre, avait  sous estimé ses adversaires, mais, fort sans doute de son prix Nobel de la paix, il n’avait pas tenu suffisamment compte de la pression internationale.  Or cette dernière, au vu de l’enlisement de l’offensive militaire, des destructions matérielles et du coût humain de l’opération, avait durci les mesures : depuis Washington et Bruxelles, l’administration démocrate et les Européens qui avaient naguère soutenu presque sans conditions les anciens dirigeants maoïstes du FPLT  ont multiplié les menaces de sanctions, notamment économiques. La mort récente de trois membres de Médecins sans frontières, des attaques contre les installations de l’Unicef  s’ajoutant au flux de réfugiés arrivant au Soudan avaient accentué l’inquiétude des chancelleries occidentales.  

L’Ethiopie, qui  envisage avec l’aide chinoise de devenir l’un des nouveaux « tigres » d’Afrique  ne pouvait soutenir la perspective d’un durcissement des sanctions voire d’un boycott, sans parler de la perte de prestige d’un pays qui est le siège de l’Organisation de l’Unité africaine. A cela s’ajoutent les tensions régionales avec l’Egypte et le Soudan qui redoutent  les conséquences du remplissage imminent du Barrage de la Renaissance qui captera en amont les eaux du Nil nourricier.

Restera à affronter les conséquences de cette défaite militaire et politique : l’aura du Premier ministre s’en trouve ternie sur le plan international,   sa formation politique,  le Parti pour la paix et la prospérité, devra  tempérer sa volonté de renforcer l’autorité de l’Etat central. Quant aux  tenants de l’autonomie des provinces, défenseurs du  « fédéralisme ethnique » qui caractérisait la mosaïque éthiopienne, ils seront renforcés par l’exemple tigréen.  L’automne dernier, un conflit politique –le fait que le FPLT ait organisé des élections unilatérales alors qu’Addis Abeba avait reporté le scrutin pour  cause de Covid- avait débouché sur une intervention militaire, mais l’épreuve de force a tourné au désastre, et accentué les fractures au sein de la délicate construction éthiopienne.  C’est une leçon qui devra être méditée dans une Ethiopie désormais fragilisée mais aussi dans d’autres Etats africains qui pourraient être tentés par la manière forte et expéditive, au détriment de la patiente négociation…

30 août 2021

Paul Kagame et Felix Tshisekedi franchissent leurs frontières respectives et signent des accords de coopération

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Des voisins condamnés à s’entendre et à faire attendre la justice internationale

La géographie est ainsi faite que le Congo et le Rwanda sont des voisins indissociables. Qu’il s’agisse de la lave en fusion, des  populations en fuite ou des divers opposants aux deux régimes, l’actualité démontre sans cesse combien la frontière entre les deux pays est  poreuse.  Pour des raisons diverses, les deux voisins, Paul Kagame au Rwanda et Félix  Tshisekedi en RDC, ont aujourd’hui tout intérêt à enterrer leurs divergences passées et à miser sur la collaboration plutôt que sur l’affrontement. Le  week end dernier ils sont allés plus loin encore que les accords  en matière de sécurité qui avaient été conclus au début du mandat du président congolais.  Renforçant ainsi  la portée politique  de leurs entretiens, les deux présidents ont franchi les frontières : vendredi Félix Tshisekedi s’est rendu à Gisenyi au Rwanda et samedi, c’est à Goma, dans le cadre somptueux d’un hôtel flambant neuf que Paul Kagame a retrouvé son homologue. Il a bien sûr été question de la menace que les volcans font toujours peser sur les deux villes jumelles,  du danger que représente le gaz dormant au fond du lac Kivu et dont le Rwanda a commencé l’exploitation et de la nécessité de collaborer dans l’évaluation des risques et dans les secours aux victimes. Mais les deux thèmes principaux ont été  l’insécurité et les relations économiques. En effet, le  Rwanda se sent toujours menacé par des groupes armés qui évoluent au Nord et au Sud Kivu et circulent  entre l’Ouganda et le Burundi et il a d’autant plus besoin d’améliorer ses relations avec la RDC qu’il entretient des rapports tendus avec l’Ouganda, le Burundi et la Tanzanie.  Quant au président Tshisekedi, qui a proclamé l’état de siège au Nord Kivu,  il sait que la violence qui se poursuit à l’Est du pays pourrait hypothéquer sa réélection en  2023  et surtout, il est conscient du fait que les groupes armés qui défient l’armée régulière disposent de  connections dans les pays  voisins. En Ituri,  non seulement la violence ne diminue pas, mais elle  prend un tour religieux : ce week end encore  une bombe artisanale a éclaté dans une église de Beni et plusieurs imams, des personnalités en vue de la communauté musulmane, ont été assassinés récemment.  Même si le président Tshisekedi a déjà été accusé de laisser les troupes rwandaises évoluer en territoire congolais,  avec ou sans uniforme, il ne pourra que poursuivre dans cette voie, quoiqu’en pense son opinion publique.

De la même manière, même si les activistes locaux  et les ONG internationales dénoncent régulièrement le « siphonnage » des ressources congolaises au départ du Rwanda, le président de la RDC n’a d’autre choix que donner un visage légal à cette « coopération » de fait. C’est ainsi  qu’en janvier dernier déjà, la ministre rwandaise du commerce et de l’industrie avait été reçue à Kinshasa  et il avait été question de la zone de libre échange continentale africaine (ZECLAF) où l’apport du Congo se traduira surtout par l’ouverture de ses frontières aux entreprises des pays de la région.  Cette fois, trois accords ont été signés portant sur la promotion des investissements, la lutte contre l’évasion fiscale et la coopération en matière d’exploitation de l’or, dont les gisements se trouvent en grande partie  au Congo tandis que les  usines de raffinage sont installées en Ouganda et que le Rwanda est lui aussi devenu l’un des principaux exportateurs d’or de la région.

Malgré le fait que le cours du cuivre atteint à nouveau des sommets, l’économie congolaise est en veilleuse et les recettes ne suivent pas, le budget de l’Etat ne dépassant pas 5 milliards de dollars.  C’est pourquoi le président Tshisekedi veut accélérer  l’intégration économique de la RDC dans la région,  même si c’est son pays qui fournit les matières premières à des voisins qui, eux, les transforment et bénéficient des plus values. En outre, les accords au sommet n’effacent pas la mémoire des peuples : l’opinion congolaise est toujours « remontée » contre les propos tenus par le président Kagame lors de la visite d’Emmanuel Macron en mai dernier,  par lesquels il avait nié la pertinence du rapport Mapping et refusé de reconnaître  le fait que des troupes rwandaises évoluant au Congo à la fin du siècle dernier aient pu commettre des massacres à l’encontre des réfugiés hutus  et des génocidaires qui se dissimulaient parmi eux.

Jusqu’aujourd’hui, l’armée rwandaise suscite une grande méfiance au sein de l’opinion congolaise qui l’accuse régulièrement de mener ses propres opérations au Congo et d’appuyer des groupes rebelles. Misant sur des accords de coopération économique et militaire avec un voisin qui a toujours sèchement refusé de reconnaître les  crimes et les  ingérences du passé,  le président Tshisekedi  tient donc un pari fondé sur le réalisme politique et la bonne volonté, mais il joue aussi à quitte ou double…

30 août 2021

Hissene Habré a été emporté par le Covid dans sa prison du Sénégal

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L’ancien président du Tchad était devenu un cas d’école pour la justice internationale

Ses demandes de transfert ou de libération ayant été systématiquement refusées par la justice du Sénégal, Hissène Habré, 79 ans, n’est pas mort sur le champ de bataille,  comme son successeur Idriss Deby : c’est le covid qui a emporté l’ancien  président du Tchad.

Depuis son renversement en 1992, il avait surtout occupé la chronique judiciaire, son cas étant devenu l’un des symboles de la lutte contre l’impunité, menée surtout par Human Rights Watch et  l’avocat américain Reed Brody.  Ce combat judiciaire avait été entamé en  Belgique, en application de la loi de compétence universelle. Quoique abrogée en 2003,  cette loi  a pu s’appliquer dans  son cas, certains des plaignants d’origine tchadienne ayant acquis la nationalité belge. Cette exigence de justice troubla longtemps le confortable exil au Sénégal de l’ancien président, qui faisait jouer en sa faveur ses appuis politiques et religieux.   A la suite d’infatigables démarches menées par les proches des victimes et de l’interpellation de la Cour internationale de justice,  des Chambres africaines extraordinaires (une juridiction d’exception créée par le Sénégal et l’Union africaine) furent finalement saisies du cas. Le  dossier présenté  était accablant : après la chute du régime, des fosses communes avaient été découvertes près de Ndjamena, contenant jusqu’à 150 squelettes de détenus exécutés par la police politique et l’ancien dictateur fut rendu responsable de la mort de 40.000 personnes.

Condamné à perpétuité, Hissène Habré ne cessa jamais de se défendre sur le terrain judiciaire, faisant appel de sa condamnation, exigeant d’être transféré dans une autre prison ou dans un hôpital. Petites lunettes cerclées de fer, visage rond, longue tenue blanche de musulman pieux, l’ancien maître du Tchad pouvait faire illusion et  il fut longtemps protégé par Abdou Diouf alors président du Sénégal comme par son successeur Abdoulaye Wade, sans oublier les relations qu’il avait tissé en France depuis des décennies.

Car malgré sa piété ostensible et la cruauté de ses hommes de main, Hissène Habré était bien un « produit français ». Ce  fils de bergers nomades était né dans le désert du Djourab, au sein de l’ethnie des Gorane ; intelligent, travailleur,  ses instituteurs l’encouragèrent à étudier à Paris dans les années qui suivirent l‘indépendance. Il fréquenta l’Institut des hautes études d’outre-mer, l’institut d’études politiques, dévora les œuvres de Franz Fanon et suivit avec passion les engagements de Che Guevara. A cette époque,  la France soutient François Tombalbaye, un président issu des ethnies chrétiennes du Sud et qui incarne le « Tchad utile », celui de la culture du coton implantée par le colonisateur. Les nomades du Nord, bons guerriers mais privés d’instruction, se sentent discriminés et à son retour au pays, Hissène Habré rejoint le Frolinat (Front national de libération du Tchad). Aspirant à diriger les Forces armées nationales, Hissène Habré se trouve en concurrence avec un autre chef nomade, fils du chef traditionnel d’une tribu du Nord, les Toubous, Goukouni Oueddei.  Ce dernier n’a pas fréquenté les écoles du colonisateur et, pour des raisons historiques, il est très lié à la Libye et en particulier à la confrérie religieuse de la Senoussya, qui avait donné du fil à retordre à l’armée coloniale française.  Lorsqu’en 1955  les rebelles du Tibesti enlèvent un médecin allemand ainsi que l’archéologue française Françoise Claustre et son époux les chefs de guerre tchadiens défraient la chronique et en 1975, Hissène Habré sera tenu pour responsable de l’exécution de l’émissaire français venu négocier la libération des otages, le commandant Galopin.  Ce qui ne l’empêche pas d’être nommé Premier Ministre en 1978 par un président originaire du Sud, le général Malloum puis de s’opposer à son rival Goukouni Oueddei. Ce dernier se retirera dans le nord du pays, soutenu par la Libye du colonel Kaddhafi, lequel annexe au passage la bande d’Aozou.  A cette époque c’est le prisme de la guerre froide qui domine et le nationaliste Goukouni sera considéré comme un suppôt de Kaddhafi. Quant à Hissène Habré il ne se contente pas des liens tissés avec l’armée française qui déclenche en sa faveur l’opération Epervier visant à reconquérir le nord du pays,  il se rapproche aussi des Américains et de la CIA. Dans  la  base arrière tchadienne, ces derniers mettent sur pied une force hostile à Kaddhafi.

Après  qu’Idriss Deby, -pur produit des services de renseignements français- ait renversé Habré en 1990, ce dernier est transporté  au Sénégal à bord d’un avion américain  tandis que ses hommes, de rudes combattants, sont accueillis par le président Mobutu, autre allié de Washington…L’ancien chef de guerre de couler alors des jours tranquilles au Sénégal jusqu’à ce qu’il y soit débusqué par la justice internationale qui fera de lui un cas d’école.

21 juin 2021

Lorsqu’un faussaire sévit sur Whatsapp…

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Qui est Vritch Toklok, qui signe un texte sous le label RITP ? Voilà qui sent à plein nez la fausse couverture, le nom d’emprunt, l’intox pure et dure…D’ordinaire, ce type de prose qui se retrouve sur les babillages de Whatsapp ne suscite qu’un geste rapide et définitif : un seul clic et tout est oublié. Les poubelles des réseaux sociaux débordent désormais, plus remplies, sinon plus ingérables que celles de l’histoire. L’ennui, c’est qu’ici l’ « illustre inconnu », dont l’identité réelle n’a aucune importance, a commis une faute, renforcée par une photo empruntée au Soir, la photo qui signe éditoriaux et autres commentaires, un détournement qui pourrait avoir des conséquences. Mais surtout, l’ennui, sinon la malfaisance, c’est que le plagiaire inconnu attribue à la journaliste familière du Congo un texte qu’elle n’a jamais ni écrit, ni signé, ni même pensé. Il s’agît d’une réaction qui aurait été suscitée par le discours prononcé par le président Tshisekedi à Beni, où ce dernier aurait fait preuve d’ « amnésie ».
Reconnaissons le : la journaliste qui s’est abstenue de signer un commentaire personnel à propos de ce voyage, a laissé le champ libre à l’imagination de l’imposteur. Il y aurait cependant eu beaucoup à dire : le courage qu’implique un tel déplacement dans une zone à risque, la volonté de rencontrer les victimes de la tragédie et sans doute de croiser quelques uns de ses acteurs, le danger de susciter des espoirs difficiles à matérialiser, les pièges de l’état de siège.. Gageons que dans les prochains jours, une telle analyse s’imposera, avec à la fois le poids de l’actualité et le recul nécessaire. Le faussaire quant à lui a préféré brûler la politesse et adopter une identité d’emprunt pour lâcher son venin : le propre de la lâcheté n’est il pas de s’avancer masqué ? Ce qui confirme une fois de plus que, par rapport à l’information, les réseaux sociaux ne sont qu’un ersatz, où l’accumulation de textes ni triés ni vérifiés permet à la fois de se sentir plus malin tout en restant ignorant.

21 juin 2021

Un cadre juridique pour la restitution des oeuvres coloniales

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Alors que toutes les anciennes puissances colonisatrices sont confrontées au même problème –comment gérer, comment restituer- les œuvres d’art saisies lors de la conquête et qui peuplent les musées d’Europe, la Belgique a choisi une approche novatrice, adoptée lors de la dernière réunion du « kern ».
C’est Thomas Dermine, secrétaire d’Etat chargé de la politique scientifique, qui, confronté à un sujet qui demeure complexe et passionnel, a réussi à faire passer un raisonnement fondé sur une logique simple : ce qui a été acquis par la force et la violence dans des conditions illégitimes, doit, en principe, être restitué. La République démocratique du Congo étant le premier pays concerné par cette réflexion, ses autorités se verront proposer une approche qui consistera à scinder la question de la restitution du bien et celle de son transfert matériel.
Rappelons que plusieurs institutions belges sont des établissements fédéraux, relevant du département de la politique scientifique, le premier d’entre eux étant le Musée royal de l ’Afrique centrale, mais aussi l’Institut des sciences naturelles, les Musées d’art et d’histoire. La question de l’éventuelle restitution des objets artistiques provenant de la colonie congolaise se posant avec insistance, le secrétaire d’Etat a privilégié une approche rationnelle, dépassionnée : « il est apparu que les 85.000 pièces qui se trouvent à Tervuren peuvent être séparées et quatre catégories. Dans la première se trouvent des objets qui ont été acquis et transférés de manière absolument illégitime : 283 d’entre eux , soit 0, 3% du total, sont clairement identifiés comme des butins de guerre, acquis par la violence et 600 objets sont arrivés jusqu’en Belgique de manière illégale. A propos de cette première catégorie d’objets, le principe est clair, ils doivent être restitués. Cependant, une « convention de restitution-dépôt » pourrait être conclue avec la RDC pour les objets dont il a été démontré qu’ils ont été acquis de manière illégitime. » Au préalable, un acte symbolique serait posé : « actuellement inaliénables car propriété de l’Etat, ces objets basculeraient dans le domaine privé de l’Etat, ce qui les rendrait aliénables, c’est-à-dire susceptibles d’être restitués. Dans cette hypothèse, la propriété juridique de ces objets serait transférée à la RDC, mais serait également prévue une mise en dépôt temporaire dans les institutions belges. Une telle disposition permettrait à ces objets de rester en Belgique, à des fins de conservation, de recherche, de valorisation. Une convention à passer entre la Belgique et la RDC définirait les conditions auxquelles Kinshasa pourrait exiger le transfert de ces pièces sur son territoire. »
Le Musée royal de Tervuren ne serait pas vidé pour autant : 40% des objets qui s’y trouvent, soit 35.000 pièces, doivent encore faire l’objet d’une étude de provenance, afin de retrouver les conditions de leur arrivée en Belgique. Cette recherche des origines des objets et des modalités de leur transfert serait une démarche bilatérale, réunissant des chercheurs belges et congolais.
La dernière catégorie d’objets, – 50.000 pièces, 58% du total- n’est pas sujette à caution : leur légitimité est acquise, leur provenance est incontestable et leur propriété demeure donc inaliénable.
« Notre intention » souligne Thomas Dermine « est de dépassionner, d’objectiver le débat : les objets arrivés en Belgique à la suite d’actes de dépossession violente doivent être restitués, mais le « timing » de cette restitution peut faire l’objet d’un dialogue, d’un accompagnement scientifique. Il ne faut pas, comme ce fut longtemps le cas, que le débat soit pollué par des considérations portant sur les modalités de transport, de conservation. De tels enjeux opérationnels ne doivent pas occulter ou retarder les positions de principe. » Le secrétaire d’Etat relève aussi que l’avancée actuelle découle d’une question de génération : « au sein du kern, le seul à avoir connu les années 60 est le Ministre de la santé. Pour les autres, tout cela appartient au passé et il est important d’ avancer ; les citoyens de notre ancienne colonie ne peuvent être privés de l’accès à leur propre histoire, à leur culture, à la spiritualité et la créativité de leurs ancêtres. Du reste, au Congo aussi les générations évoluent : la revendication du retour des œuvres est toujours bien présente, mais elle est moins pressante et elle tient compte de la politique nationale, qui, par exemple, souhaite une certaine décentralisation vers des musées de province… »
L’approche choisie par la Belgique, qui refuse la politique du « coup par coup » et veut construire un cadre juridique cohérent, devrait déboucher sur un dialogue avec les autorités congolaises et elle se concrétisera début 2022, une période où de nouveaux rendez vous importants devraient réunir la RDC et la Belgique, tels que le rapatriement des restes de Patrice Lumumba ou une éventuelle visite royale, évènements différés à cause de la situation sanitaire.