4 novembre 2021

Les experts de la Commission Congo ont remis aux parlementaires un rapport exhaustif et accablant sur la colonisation

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Une bombe qui détruit quelques mythes fondateurs et nombre d’illusions

Lorsque la « Commission spéciale Congo-passé-colonial » décida, voici près d’un an,   de  confier ses travaux préparatoires à un groupe d’experts indépendants, ses membres ne se doutaient sans doute ni de l’ampleur de la tâche ni de sa durée. Alors que l’on croyait que quelques semaines suffiraient, il fallut neuf mois pour que soit publié le rapport qui devrait servir de base aux parlementaires. Disons le sans ambages : ces 600 pages de contributions serrées,  étayées par des bibliographies et des  témoignages nombreux et qui sont accessibles sur le site de la Chambre, représentent une bombe qui bousculera aujourd’hui encore les certitudes de nombreux Belges.

En effet, les experts n’y vont pas de main morte : ils détruisent plusieurs « mythes fondateurs » de l’entreprise coloniale, qu’il s’agisse de la « mission civilisatrice », des progrès apportés en matière de santé, d’éducation, de production agricole, d’ordre public, ils réduisent les 80 ans de présence belge en Afrique à une cruelle histoire d’extraction des ressources, de soumission des populations par la contrainte des lois et surtout par la force des armes.  Le Congo a financé et construit lui-même, avec ses ressources propres et le labeur d’une main d’œuvre sous payée ce qu’on appelait alors une colonie modèle : c’est grâce au travail forcé, obtenu à coups de chicotte, (ce fouet fait de lanières de peau de rhinocéros…) que se sont construites des routes qui servaient à exporter des produits coloniaux vers les ports et non à relier entre elles les populations congolaises, ce sont des enfants embauchés dans les fermes écoles qui ont édifié les bâtiments des missions et défriché les jardins potagers des religieux, ce sont des populations amenées du Kasaï qui ont assuré le développement de  l’industrie minière au Katanga.   Durant huit décennies, les Congolais ont vécu sous la contrainte et  la surveillance policière, ils ont été privés de liberté  et surtout, assurent les experts, la violence a été un moteur de l’occupation, associée au racisme, « pierre angulaire » du régime colonial.   Ce « racisme fondateur » qui s’est donné libre cours en Afrique centrale expliquerait, de nos jours encore, des actes de discrimination, des attitudes de mépris dont sont victimes les ressortissants d’Afrique et d’ailleurs. Le rapport rappelle qu’à l’époque de la conquête coloniale, les Belges étaient mus par un sentiment de supériorité, par l’intime conviction que, sur l’échelle des races humaines établie par l’anthropologie physique de l’époque (c’était le temps où, au nom de la science, on mesurait les crânes humains…)ils arrivaient en tête du peloton, comme les Européens en général…Une telle supériorité  leur conférait quelques devoirs à l’égard des « peuples inférieurs » (dont celui de les civiliser…)mais surtout des droits  d’occupation, d’exploitation, de commandement.  Les experts s’étant  mis d’accord sur le texte définitif soumis aux parlementaires, (seul l’historien P.E. Plasman a tenu à signer séparément sa contribution) ils assument donc tous les termes utilisés par l’historien Elikia m’Bokolo qui préfère parler de « brutalisme » et non de violence et rappelle que tout ce qui fut naguère dénoncé par Conan Doyle, Casement, Edmund Morel et bien d’autres critiques de l’Etat indépendant du Congo était non seulement véridique mais en dessous de la réalité.

Le document soumis aux parlementaires comporte cependant des lacunes : le cas du Rwanda, dont le protectorat fut accordé à la Belgique à l’issue de la guerre de 14-18  est abordé très succintement, le Burundi n’a pas fait l’objet de travaux faute d’experts, le seul expert désigné, Mgr Nahimana étant décédé entretemps, la présence et le rôle de l’église catholique auraient mérité de plus amples développements. En revanche, les parlementaires seront  invités à  découvrir des pages oubliées, à découvrir des héros méconnus : car il y eut des résistants au Congo, qui se battirent longtemps contre les envahisseurs et se heurtèrent à la force des fusils, des intellectuels tels que Paul Panda Farnana qui prit part à la première guerre mondiale dans les tranchées de l’Yser avant de réclamer l’indépendance pour son pays. Il y eut aussi des prophètes, tels  que Simon Kimbangu, qui prêchait la non violence et fut emprisonné plus longtemps que Nelson Mandela (c’est à lui que le héros  sud  africain rendit hommage en sortant de prison), des adeptes du kitawala, une «  secte » venue d’Afrique australe,  qui furent systématiquement persécutés et déportés.  On redécouvre aussi le courage des soldats de la Force publique qui infligèrent des défaites décisives aux Italiens en Abyssinie et on apprend, sans trop de surprise,  que les Congolais opposaient aux Blancs la résistance des opprimés, par la moquerie et l’humour : ils riaient des pseudonymes attribués à leurs maîtres  et lorsqu’ils chantaient « Salongo » présenté comme un hymne au travail, c’était pour  clamer leur épuisement. Les experts devancent déjà les critiques qui leur seront adressées, selon lesquelles les colonisateurs auraient été en accord avec l’idéologie sinon la morale de l’époque, celle de la suprématie de l’homme blanc  et que  critiquer aujourd’hui les colonisateurs d’hier serait faire preuve d’anachronisme : sans avoir besoin de  rappeler les polémistes britanniques ou américains, ils citent les noms d’Emile Vandervelde, de Georges Lorand, du père Vermeersch, d’OP Gilbert, auteur de l’Empire du silence, sans oublier les membres de la première  commission d’enquête dépêchée au Congo par un Léopold II désireux de faire face aux vagues de critiques..

Violence structurelle, racisme en tant que fondement de l’identité coloniale, économie d’extraction des ressources, prédation qui se poursuivit jusqu‘à la veille de l’indépendance lorsque les sociétés coloniales rapatrièrent en Belgique les avoirs détenus au Congo : la charge est lourde, sans concessions  et elle accablera de nombreux Belges qui avaient gardé la nostalgie de « leur » Congo. Elle va plus  loin encore que l’économie : les colonisateurs, par leur lecture « ethnique » des identités congolaises auraient contribué à la « racialisation » de la société, au fait que, de nos jours encore, les citoyens de ce vaste pays  se définissent ou s’excluent  en fonction de leur origine ethnique ou territoriale.  C’est ce que les auteurs du rapport auraient pu appeler l’ »effet miroir »…

Une lacune cependant : le lien n’est pas établi entre l’époque coloniale et les maux qui frappent le Congo d’aujourd’hui, dont la vénalité des élites et  la corruption qui gangrène la société à tous les niveaux tandis que les agissements de la Belgique au lendemain de l’indépendance, ses trente années de soutien au dictateur Mobutu mériteraient à eux seuls une autre commission d’enquête…

4 novembre 2021

Un mémorial virtuel pour honorer les victimes des guerres du Congo

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Quand les nouvelles générations placent leur espoir dans la justice

Ebouriffé, les yeux brillants d’intelligence, Léo Yafeti  Cheko  fourmille de projets : il se présente comme un artiste et, pour illustrer la pollution du lac Kivu, l’un des plus beaux du monde envahi par les immondices, il envisage de récolter des milliers de bouteilles en plastique et de les faire flotter au milieu des eaux, comme une île artificielle…Licencié en droit de l’Université de Bujumbura, étudiant à l’ Université catholique de Bukavu,  il se passionne aussi pour la justice et milite pour la restauration de la mémoire des conflits armés qui ont ravagé l’Est du Congo depuis plus d’un quart de siècle.

Depuis Bukavu, il travaille sur l’idée d’un « mémorial virtuel »  en hommage aux innombrables victimes de plusieurs décennies de violence : « à force de se focaliser sur les chiffres et d’additionner les millions de morts, on en oublie la dimension humaine de chacune des victimes.  C’est à Bujumbura que cette idée m’est venue et aussi à Kigali, où j’ai visité cinq fois le mémorial du génocide à Gishozi, où sont exposées des dépouilles  qui rappellent l’histoire au sens large, mais sans évoquer les destins individuels. Dès 2018,m’entretenant avec le professeur Luc Henkinbrant,  qui fut l’un des responsables du rapport Mapping produit par les Nations Unies puis « enterré » à New York, j’ai pensé à établir une sorte de cimetière virtuel, un calendrier rappelant au fil de l’année  les circonstances de la mort de chacune de nos victimes… C’est ainsi que s’est créé à travers le Congo un groupe de « volontaires pour la justice » : des jeunes se sont engagés à retrouver les traces des massacres et des exécutions. Le pays est vaste, les sources innombrables et le rapport Mapping ne donne qu‘une vue partielle, dans le temps (sur un délai de dix ans, de 1993 à 2003) et dans l’espace, de tout ce qui s’est passé. En outre le bureau des droits de l’homme de l’ONU a échoué à populariser le document…

C’est pourquoi, avec nos volontaires et avec l’organisation SOS Justice, nous nous sommes lancés dans la géolocalisation des fosses communes : dans la ville de Bukavu seulement, nous en avons dénombré 37 !

Nous exigeons que les corps soient exhumés et identifiés, à condition qu’ils soient toujours accessibles, car des immeubles ont été construits au dessus des charniers..A défaut, une plaque commémorative pourra être apposée. Les dépouilles  recueillies seront rendues aux familles.

Ce qui est essentiel pour nous, c’est de libérer la parole : il faut, via les survivants,  reconstituer l’ histoire des victimes, rappeler les faits dans le temps et dans l’espace. Savez vous qu’à Kassika,  où le Mwami et son épouse ont été éventrés, massacrés en 1998, 40% des habitants ont  fui cette localité par la suite ?   Aujourd’hui, la transformation de Bukavu en bidonville surpeuplé est la conséquence de ces violences : fuyant la terreur, les  populations ont quitté les  campagnes et la  population de la ville a explosé. N’étant plus approvisionnés par les campagnes où l’on avait cessé de cultiver,  les gens de la ville ont du acheter de la nourriture venue du Rwanda…

Quelle approche entendez vous mener ?  

Notre approche dite holistique comporte plusieurs aspects : la recherche de la vérité, via la construction d’un mémorial virtuel, l’établissement de mécanismes judiciaires par lesquels les auteurs des crimes devront répondre de leurs actes, l’adoption de réformes institutionnelles modifiant le système judiciaire et de sécurité. Dans la situation actuelle, les ONG qui se soucient des victimes ne se préoccupent pas assez des droits des coupables présumés à la défense. Pour qu’elle soit efficace et réconciliatrice, nous voulons que la justice soit de qualité et non pas un instrument de vengeance… Des « audiences foraines » (tenues en dehors des tribunaux, sur le lieu des faits) sont actuellement financées par la communauté internationale, via des ONG, mais nous estimons que les droits de la défense y sont bafoués car il n’y a pas de double juridiction, de procédure d’appel… Or si elle veut devenir  un instrument de réconciliation, une justice de qualité doit représenter toutes les parties…

L’impunité sévit-elle toujours dans l’Est du Congo ?

Elle n’a pas cessé depuis un quart de siècle. Le dernier exemple qui agite l’opinion est celui de Tommy Tambwe, nommé par le chef de l’Etat à la tête du programme  de désarmement, démobilisation, réinsertion et stabilisation, (DDRS)  qui a pour but de mettre fin à l’existence de groupes armés. Or Tommy Tambwe, -qui n’a jamais du répondre de quoi que ce soit-, a été membre de plusieurs groupes rebelles, au fil de toutes les guerres que l’Est du Congo a connues, le RCD Goma, le CNDP de Laurent Nkunda, le M23… Comment accepter que des gens qui ont été mêlés à des atrocités soient nommés à des postes clés ? Le chef de l’Etat connaissait il le passé de Tommy Tambwe, ou bien ce nom lui a –t-il été suggéré par le président Kagame ?  Malgré les promesses, la justice, la vérité à propos des atrocités qui ont été commises ne semblent  pas être la priorité de nos autorités. Faudra-t-il attendre la pression de la rue ? N’oubliez pas que la violence continue : à Beni, on déplore  plus de 6000 morts malgré l’état de siège…

Certes, il faut créer une Commission Vérité et Réconciliation, mais selon un mécanisme clair, établi par la loi, voté par le Parlement, écartant tout risque d’arbitraire et opérant tant au niveau national qu’à la base, dans les villages de tout le pays. C’est sur l’ensemble du Congo que les forces armées de tous les pays de la région ont commis des exactions et des crimes : on parle beaucoup du Rwanda, mais les militaires namibiens, Zimbabwéens,  Angolais aussi étaient présents.. Les réfugiés hutus, à Kaniola par exemple, ont aussi tué, nous avons subi les vrais Interhahamwe, auteurs du génocide, et les faux, envoyés par Kagame…Ce pays est un cimetière…

Nous voulons dresser la liste de tous les crimes impunis, de tous les crimes, y compris les crimes économiques qui ont suivi les autres. Nous exigeons un droit de « veting » , c’est-à-dire pouvoir récuser la nomination de personnalités qui ont été impliquées dans des crimes, des exactions…

Dans ce pays, il n’y a pas eu de victoire militaire nette…La  paix a été obtenue au terme de négociations successives avec les divers belligérants puis il y a eu partage du pouvoir, mais les crimes ont continué. Nous voulons mettre fin à ce cycle… Félix Tshisekedi est-il un collaborateur d’un tel système ? Je  l’ignore, c’est son problème, c’est lui qui se trouve à la tête de l’Etat…

Quant  à notre génération, elle devra d’abord réparer les dégâts puis établir de nouvelles règles pour construire ce pays…

Propos recueillis à Bukavu

4 novembre 2021

Bokundoli, un projet numérique qui fait «émerger” la colonisation du Congo insérée dans l’histoire plus large de l’Afrique

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Il y a longtemps que deux historiens congolais, Elikia M’Bokolo (EHSS Paris) et Jacob Sabakinu (UNIKIN)  rêvaient d’utiliser les ressources du numérique pour mettre en œuvre une sorte de « Wikipedia » de l’histoire de l’Afrique, et, dans l’immédiat, de l’histoire de la colonisation du Congo. Ils avaient le désir de mettre à la disposition des étudiants en histoire, mais aussi d’un très large public, africain et européen, une sorte d’encyclopédie en ligne répondant à toutes les questions sur l’« histoire longue » du continent et sur le fait colonial.  Ils en rêvaient  et l’ONG belge CEC (Coopération par l’éducation et la culture) l’a fait, en  étroite collaboration avec un groupe d’historiens congolais  réuni par  deux associations congolaises, l’IDLP (Institut pour la démocratie et le leadership politique) et l’IIP (Investing in people). A Kinshasa, Dominique Gillerot, administratrice de CEC et Renaud Juste, chargé de projet,  ont présenté avec fierté le projet « Bokundoli », qui vivra bien longtemps après la disparition de son concepteur Jacob Sabakinu.

« Bokundoli »signifie en lingala «déterrer », « faire émerger » et plus largement « porter à la connaissance ».  Dans les temps à venir, lorsque sera écoulée la période d’initiation et de rodage,  « Bokundoli » se présentera sous la forme d’un site du même nom, auquel,  munis d’un mot de passe ou passant par Facebook pourront passer tous ceux qui s’intéressent aux divers aspects de l’histoire du continent et du fait colonial.  Qu’il  s’agisse d’un parcours pédagogique interactif à l’intention des professeurs ou des élèves, d’une « promenade initiatique » ou d’une recherche spécifique,  Bokundoli  proposera d’abord une page d’accueil, puis orientera ses visiteurs vers  différents modules. Ces derniers seront soit accessibles directement soit inscrits dans une « ligne du temps », menant à des rubriques spécifiques, des images d’archives, des documents d’époque, des séquences audiovisuelles  soigneusement numérisés et même des peintures populaires comme de savoureux portraits de Léopold II ou du roi Baudouin réalisés par les peintres dits « naïfs » et ancrés dans la mémoire populaire.   

L’intérêt de la démarche est d’être partagée : entre les historiens congolais et belges, l’échange a été constant et prépondérante la vision des scientifiques africains,  Elikia M’Bokolo a pris maintes fois le Thalys pour peaufiner le travail dans les bureaux de CEC, Renaud Juste est resté en contact constant avec les historiens du Congo qui ont mobilisé tout leur savoir,  les apports des uns et des autres ont trouvé une forme numérique et le chemin d’accès a été soigneusement balisé.  A terme, l’intérêt du projet est double : les Congolais, étudiants,   chercheurs ou simples curieux, adeptes du numérique et « fanas » des réseaux sociaux pourront  interroger toutes les arborescences de Bokundoli , explorer ses modules pédagogiques et  les Belges pourront faire de même, pour le plus grand bonheur des professeurs d’histoire et des simples curieux.  Mais surtout, cette histoire  écrite à quatre mains (et bien plus en réalité…) au  Congo et en Belgique racontera d’une seule voix une aventure commune , elle  sera intégrée dans l’histoire générale de l’Afrique telle que l’aborde l’Unesco  et, renforçant la conscience des Africains et le niveau d’information des Belges, elle devrait faire le lien entre le passé et l’avenir…

C.B.

4 novembre 2021

Historiens belges et congolais s’attachent, à Kinshasa, à examiner comment décoloniser l’enseignement de l’histoire

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S’il n’a pas surpris les historiens, le rapport des experts de la commission décolonisation a certainement bousculé les certitudes d’un large public. Cependant, dans les universités belges comme congolaises, il y a longtemps qu’une lame de fond se dessine : professeurs et chercheurs veulent décloisonner l’histoire coloniale, l’élargir dans le temps en remontant aux débuts de la traite négrière ainsi que dans l’espace, retrouver  les liens qu’entretenaient les anciens royaumes du Congo avec leurs voisins et inscrire leur recherche dans le cadre plus large de l’histoire du continent.

Entre nos universités et celles de la RDC, fréquents sont les échanges au cours desquels chacun  en compte le point de vue de l’autre et il était temps de faire le point.  Préparé depuis longtemps par l’ARES(Académie de recherche et d’enseignement supérieur) , l’IDLP, ( Institut pour la démocratie et le leadership politique),l’IIP( Investing in people) l’ULB, la VUB, soutenu par la coopération belge, le colloque de Kinshasa « re-penser l’enseignement de l’histoire » mis en œuvre par l’ONG belge CEC (coopération par l’enseignement et la culture) s’est inscrit, involontairement, dans l’actualité la plus chaude, et délibérément, dans les courants de pensée « décoloniale » animant la Belgique depuis plusieurs années. Paradoxalement, au Congo aussi l’enseignement fait l’actualité, en ce moment où tous les professeurs du pays mènent une grève au finish, pour que les parents d’élèves soient à nouveau autorisés à payer des frais scolaires ou qu’à défaut l’Etat augmente considérablement son budget en la matière.

Au cours de ce colloque passionné qui rassembla des historiens de Belgique et du Congo, tels que Serge Jaumain et Amandine Mauro (ULB) Benoît Henriet (VUB), Elikia M’Bokolo auteur de la monumentale « histoire de l’Afrique », Christian Chiza (Bukavu) Donatien Dibwe (Lubumbashi) Pamphile Mabiala (Unikin ) Isidore Ndaywel, (auteur de « l‘Histoire du Congo »)fit une communication écrite remarquée. Il suggéra  que « la colonisation soit ramenée à de justes proportions » : « il  y eut un avant et un après, il nous faudrait intégrer, par exemple, des thèmes comme le  commerce luso africain,  la construction de l’Amérique, approfondir la question du métissage, aborder les luttes sociales… Bref,  casser les cloisons, celles des lieux, celles des dates, réconcilier les mémoires… Embrayant sur ce thème,  Amandine Lauro souhaita déconstruire cette «  fabrique de l’histoire » qui modela les esprits jusqu’à présent.  Dans cette même logique, le professeur Dibwe (Université de Lubumbashi) plaida pour que l’on développe l’histoire sociale : « on a beaucoup parlé de l’uranium du Katanga et de la bombe atomique, mais que sait on des grèves qui éclatèrent au Katanga en 1941 et furent sauvagement réprimées ?

L’accès à des archives inédites, leur numérisation ouvrent également de nouvelles perspectives :  Benoît Henriet  détailla un projet  mené par l’ULB et la VUB en partenariat avec les Archives générales du Royaume :  « Digicoljust ». Il s’agît d’exploiter un véritable « trésor » qui a été extrait des oubliettes et numérisé : les archives judiciaires coloniales, dont entre autres les jugements des cours martiales. La nature des infractions, (par exemple consommer du chanvre venu d’Angola…), les nombreuses occurrences du terme « macaque », les peines infligées, dont les châtiments corporels, se révèlent extrêmement révélatrices du climat social de l’époque et l’ image de la « colonie modèle » vantée à Bruxelles s‘en trouve sérieusement écornée.

«  Il ne s’agît pas seulement de retrouver les  faits » souligna Elikia M’Bokolo « de progresser dans la connaissance du passé, il s’agît aussi de  déclencher un processus permettant de mieux connaître les Congolais, en Belgique comme dans notre pays.. . » L’enseignement de l’histoire, si important pour la définition des identités nationales, au Congo comme en Belgique, se heurte cependant à bien des contraintes, soulignées  tant par Caroline Désir (ministre de l’enseignement de la Communauté française) que par le Ministre congolais de la jeunesse : au Congo les moyens manquent cruellement et en Belgique, les cours  consacrés au Congo,  à l’histoire coloniale et à l’Afrique en général doivent trouver place dans un « référentiel » déjà extrêmement chargé. « Le « timing » est serré, mais la déclaration gouvernementale s’engage à ce que ce sujet, si important pour le vivre ensemble en Belgique soit abordé, et il le sera », martèle Caroline Désir qui se rappelle que voici vingt ans le Congo avait pratiquement été rayé des cours  d’histoire. Comme s’il fallait biffer un passé révolu et vaguement honteux qui, ces dernières années, entre autres grâce à la diaspora africaine, revient en force.  Professeurs,  chercheurs, responsables politiques réunis à Kinshasa, à l’écoute les uns des autres et travaillant ensemble ont en tous cas entamé une fructueuse décolonisation de l’histoire commune…

4 novembre 2021

Caroline Désir à Kinshasa: l’histoire de la colonisation fera partie des référentiels de nos programmes d’enseignement

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(de notre envoyée spéciale)

Comment intégrer l’histoire coloniale de la Belgique dans les programmes des écoles en Belgique, comment nourrir la mémoire des jeunes et en tirer des enseignements pour l’avenir ? Alors qu’elle s’envolait pour Kinshasa, Caroline Désir, Ministre de l’enseignement de la Communauté française, a été  rattrapée par la publication du rapport sur la colonisation rédigé par des experts chargés de préparer le travail de la future commission parlementaire.  Les conclusions du document ne l’ont pas réellement surprise, « elles sont fortes, claires, elles soulignent la violence d’un système et la réalité d’un racisme institutionnel. C’est sans équivoque et il était important de le rappeler. Au niveau de l’éducation nous savions tout cela et ne serons pas pris en porte à faux. »  Plus  que jamais, la ministre entend désormais  mettre en œuvre sa feuille de route rédigée lors de la constitution du gouvernement, à savoir « inscrire l’histoire coloniale dans le programme de  nos établissements d’enseignement. «  La ministre insiste cependant sur la liberté pédagogique et sur le fait que  les recommandations porteront surtout sur le référentiel, « ce que l’on doit apprendre » tandis que  les programmes, eux,  demeurent définis par les réseaux d’enseignement.  « Nous avons deux référentiels portant sur les cours d’histoire, l’un destiné à l’enseignement professionnel et l’autre, qui date de vingt ans et ne comporte pas de référence au Congo. Il va s’étoffer et l’histoire de la colonisation fera partie du tronc commun de ce qui sera enseigné aux élèves  jusqu’en  3e secondaire.  Par la suite, il nous restera à définir les contenus qui seront enseignés dans le cycle supérieur. »

Etant donné les étapes de la réforme de l’enseignement, le secondaire supérieur ne sera atteint par le changement qu’en 2027, mais la ministre précise qu’ « un travail sur l’immédiat devrait  proposer dans les prochaines semaines une série de ressources pédagogiques aux équipes éducatives. »

Caroline Désir rappelle aussi que les  enseignants qui souhaitent aborder le sujet disposent déjà d’une documentation importante : « ils possèdent un code d’accès à une banque de données « E-Classe », où ils peuvent puiser toutes les informations souhaitées et ils  disposent également  d’un accès gratuit aux archives audiovisuelles de la RTBf gérées par la Sonuma. »  

A Kinshasa, la ministre belge a visité plusieurs écoles où les élèves maîtrisaient relativement bien l’histoire de leur pays, les circonstances de l’indépendance, la mort de Patrice Lumumba.   Elle a découvert le Lycée  Prince de Liège qui jouit d’une équivalence avec les établissements belges, une école dans le quartier Victoire, rénovée par « Humanisme et Solidarité » et une autre, « Ango Ango » dans le quartier populaire de Bandal. 

Des écoles en grêve

La ministre a surtout été frappée par l’ampleur de la crise de l’enseignement qui frappe le Congo, depuis que la présidente de Félix Tshisekedi, désireuse d’alléger le fardeau de la scolarité payante,  a décidé de supprimer l’obligation faite aux parents de contribuer aux frais scolaires.  En marge d’un colloque consacré à l’enseignement de l’histoire, une jeune enseignante a interpellé la ministre : « j’enseigne dans un collège de bonne réputation, tenu par les Jésuites. Grâce à la contribution des parents, mon salaire s’élevait à 750 dollars, ce qui me permettait d’élever seule mes trois enfants, dont l’aîné qui est déjà à l’université. Maintenant que les parents ne doivent plus payer, je ne gagne plus que 150 dollars par mois car l’Etat n’a pris  aucune mesure compensatoire.  L’an dernier, j’ai essayé de tenir le coup, mais cette année depuis le 1er octobre, je suis en grève, comme tous mes collègues. Les enfants viennent à l’école, mais nous n’enseignons pas… » Outre l’épreuve de force que représente la grève et qui paralyse surtout l’enseignement catholique  et les écoles privées,  (parfois ouvertes dans un but uniquement lucratif) la ministre belge a découvert avec effarement la surpopulation des écoles congolaises : «  la gratuité a provoqué un afflux , dans certaines écoles entre autres « Ango Ango », il y a 70 élèves par classe, installés sur un sol en terre battue et manquant de bancs…Si les enfants  n’ont même pas de cahiers, par contre l’envie d’apprendre est frappante, tout comme la discipline.. Le Congo compte 50.000 écoles primaires, nous, en Communauté française, nous en comptons 2700…Quelle différence d’échelle !  Même connaître le nombre total d’écoles existantes est difficile, d’autant plus que, comme ces établissements servent de centres électoraux, certains députés les ont multipliés dans leur circonscription à des fins politiques… » La ministre a aussi constaté combien étaient bienvenues les « Biblio malles » contenant des livres  envoyées par la Communauté française et distribuées dans 80  écoles par le Centre Wallonie Bruxelles très populaires surtout auprès des adolescents…  

C

4 novembre 2021

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Les églises catholiques et protestante sont vent debout contre le passage en force

La Commission électorale indépendante sera dirigée par  un proche de Tshisekedi

Bukavu,

Calme, déterminé, le président Tshisekedi, dans une brève allocution télévisée, a tenté de mettre fin à la tempête politique qui secoue son pays : il  a entériné le choix de Denis Kadima à la tête de la Commission électorale indépendante, (CENI)  confirmant ainsi le choix déjà formulé  par six confessions religieuses sur huit. Le problème, c’est que la constitution exige que la désignation d’un homme aussi important  que le futur arbitre des  élections prévues pour  2023 doit être faite à l’unanimité. Voici un an, arguant qu’un autre candidat, Ronsard Malonda, n’avait été soutenu que par le parti de Joseph Kabila et ses alliés, le chef de l’Etat avait rejeté cette candidature.  Deux poids deux mesures donc…Cette année, l’épreuve de force a été plus grave encore : les églises catholique et protestante, qui rassemblent 80% des croyants et disposent d’un important maillage social à travers les centres de santé et l’enseignement, se sont opposées frontalement à Denis Kadima.

Les compétences de cet expert électoral reconnu n’ont pas été mises en cause mais bien le fait qu’ il est lui aussi Kasaïen comme Félix Tshisekedi,  dont il serait très proche, ce qui permet de mettre en cause son impartialité. Vent debout, les catholiques, dont l’abbé Tshole, porte parole de la conférence épiscopale, ont dénoncé  les manœuvres qui auraient emporté la conviction des autres confessions, dont les kimbanguistes, les musulmans, les églises de réveil : distribution de véhicules neufs, enveloppes et autres petits et gros cadeaux. De telles manœuvres sont  devenues familières : c’est ainsi que la majorité parlementaire, naguère favorable à l’ex président Kabila, avait été amenée à basculer et à former l’ « Union sacrée », (bien vite appelée Union sucrée…) » les députés ayant été persuadés de changer de camp, moyennant arguments sonnants et trébuchants.

Cette fois, le seul élément qui pourrait justifier la décision présidentielle est le calendrier.  Jonas Tshiombela, qui anima naguère le Comité des laïcs chrétiens et se trouve à la tête de la Nouvelle société civile fait remarquer que « si le blocage avait du perdurer à la tête de la CENI, c’est l’agenda électoral lui-même qui aurait été menacé : il aurait été impossible d’organiser dans les délais les élections prévues pour 2023 et nous aurions du faire face à un « glissement » c’est-à-dire une prolongation hors délai du mandat présidentiel. » Le militant  propose donc de « faire avec » Kadima, tout en redoublant de vigilance.  A part les partisans de Tshisekedi et quelques intellectuels d’origine kasaïenne, Tshiombela est l’un des rares à faire preuve d’autant de patience : les partisans de Joseph Kabila, frustrés d’avoir été dépossédés de leur majorité parlementaire par des manœuvres irrégulières crient au scandale et  Martin Fayulu, l’ancien candidat unique de l’opposition, qui estime avoir été privé de sa victoire lors des précédentes élections, crie au scandale plus fort que jamais.

Mais surtout, Félix Tshisekedi et son parti l’UDPS  risquent de perdre d’importants alliés, dont Moïse Katumbi, toujours très populaire au Katanga et ailleurs dans le pays. Sa formation, « Ensemble » qui avait soutenu Félix Tshisekedi avant et après les dernières élections, pourrait bien quitter l’actuelle majorité et refuser de participer à un scrutin considéré comme joué d’avance.

On aurait tort de croire que ces intrigues politiciennes ne se jouent que dans les « salons huppés » et les villas de la Gombe, le quartier résidentiel de Kinshasa fréquenté par les anciens et les nouveaux riches. Les réseaux sociaux, la presse, le bouche à oreille, sans oublier les prêches dans les églises et les temples, répercutent largement le débat au sommet. A travers le pays, chacun  y va de son commentaire et constate que cette épreuve politique s’ajoute à  un bilan social désastreux : la rentrée scolaire de septembre n’a toujours pas eu lieu à cause de la grève persistante des enseignants. Une autre  mesure extraordinairement impopulaire  frappe tout le monde sans exception : dans ce pays où même les plus pauvres ne peuvent se passer d’un téléphone portable, une  taxe dite RAM (Registre des appareils mobiles) a été décidée sans concertation et opère une retenue à la source sur les « unités » téléphoniques que chacun achète au jour le jour. Même si cette  ponction vient d’être atténuée, exonérant les téléphones 2G, il n’est pas un citoyen doté d’un portable qui ne se demande vers quelle caisse se dirigent les 150 millions de dollars mensuels qui seraient générés par la mesure…A ces griefs s’ajoutent l’insécurité dans l’est du pays et la prolongation d’un état de siège inefficace….  

4 novembre 2021

Ces guerres qui tournent en boucle dans l’Est du Congo

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L’archipel de la terreur

Malgré l’état de siège décrété depuis mai dernier dans le Nord Kivu et en Ituri, malgré les nombreux accords de coopération économique et politique passés avec le voisin rwandais,  le cycle de la guerre ne s’est pas interrompu dans l’Est du Congo. Depuis  un quart de siècle il continue à broyer les populations civiles.  En tournée en Europe, le Docteur Mukwege  ne peut que constater l’impuissance des politiques  et dénoncer l’impéritie de la communauté internationale.  Cette persistance des conflits s’explique entre autres par l’imbrication de ces derniers  avec la politique et avec les intérêts des pays voisins.

 Dans l’Ituri,  où les groupes armés ont tué plus de 700 personnes depuis le début de l’année en dépit de l’état de siège,   les ADF (Allied defense forces) un groupe se présentant comme une branche de l’Etat islamique continuent à  être désignés comme les principaux responsables des actes de violence.  Leur capacité de nuisance s’explique par des enjeux locaux, par le contrôle des trafics d’or  et de cacao en direction de l’Ouganda, par le manque d’efficacité d’une armée congolaise dont bon nombre d’officiers sont eux-mêmes engagés dans des trafics divers et des détournements de fonds,  par la faiblesse de la Monusco, malgré le renfort d’unités spéciales fournies par les pays d’Afrique australe.  La responsabilité du général Gabriel Amisi, inspecteur général de l’armée et ancien « rebelle » réintégré dans l’armée,  est souvent citée. En arrière plan des massacres, des trafics et des compromissions, des mouvements de fond se dessinent. L’un d’entre eux, peu médiatisé, est  le flux qui porte des Hutus, congolais ou d’origine rwandaise, à « pousser » en direction du Nord et à tenter de s’approprier des terres, soit dans le parc des Virunga où ils pratiquent le commerce du charbon de bois,  soit au détriment des populations locales, des Nande principalement, qui se défendent via leurs organisations communautaires et n’hésitent pas à nouer des liens commerciaux avec les ADF.  Au Nord Kivu seulement, on dénombre une centaine de groupes armés !

Si l’état de siège n’a pas été déclaré au Sud Kivu, la situation n’y est guère meilleure et, plus encore qu’au Nord l’implication des pays voisins se greffe sur le banditisme ordinaire, le trafic de minerais  et de café,  le manque de fiabilité de l’armée et l’inefficience des Casques bleus.  S’y ajoute ici aussi la compétition pour les terres, alors que les « élites » de Bukavu acquièrent de grandes propriétés dans le Sud de la province, que des projets agro industriels apparaissent dans la fertile plaine de la Ruzizi voisine du Rwanda et du Burundi, que les Pygmées qui occupent la forêt équatoriale se sentent agressés par la poussée foncière et les plans de développement.  Mais surtout, les armées de la région se livrent, en territoire congolais, à la poursuite de leurs opposants respectifs : des groupes d’opposants burundais campent sur les hauteurs surplombant la ville d’Uvira et ils passent des alliances avec des groupes armés locaux.  Quant au Rwanda, soit en coopérant avec l’armée congolaise soit en se dissimulant derrière des groupes locaux, il s’efforce de neutraliser des opposants armés toujours actifs au Sud Kivu.  Certains d’entre eux se réclament du général Kayumba Nyamwasa,  à la tête du RNC (Rwandese national congres)  qui jure de vouloir renverser le président Kagame , son ancien compagnon de maquis, d’autres opèrent avec les anciens  Interhahamwe et autres tueurs de 1994,  qui avaient d’abord, dans les camps de réfugiés hutus, créé le RDR (rassemblement pour le retour des réfugiés) qui se transforma ensuite en PALIR, ALIR,  et actuellement FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), des groupes armés d’où son issus au fil du temps d’autres mouvements.

Le procès de Paul Rusesabagina, l’ancien gérant de l’hôtel des Mille Collines, héros du film Hôtel  Rwanda,  qui s’est récemment terminé par une condamnation à 25 ans de prison,  a aussi révélé que plusieurs groupes qualifiés de terroristes avaient mené des attaques à l’intérieur du Rwanda,  dans le district de Nyungwe principalement, menaçant l’essor de l’industrie touristique. Il est apparu au cours du procès que Rusesabagina, se présentant comme le dirigeant d’une force de libération, avait envoyé de l’argent en Afrique pour soutenir son parti, le MRCD, acheter des armes  et procéder à de nouveaux recrutements.  En effet, au fil du temps, une nouvelle génération de combattants hutus est apparue : les enfants des réfugiés d’hier ayant vécu et étudié au Congo ont repris les armes de leur pères dans le but d’un jour reprendre le pouvoir au Rwanda tandis que dans la diaspora ils comptent de nombreux soutiens. A noter que cette évolution fut celle des réfugiés tutsis éparpillés après les massacres des années 60 et qui, depuis l’Ouganda, finirent par se réorganiser afin de rentrer dans leur pays les armes à la main…

Imbriquée dans les conflits précédents, rwandais et burundais, la situation des pasteurs Banyamulenge est de plus en plus dramatique : les Congolais les accusent d’être une cinquième colonne de l’armée rwandaise, leur nationalité congolaise est violemment mise en cause, leurs villages sont brûlés et leurs troupeaux décimés par des groupes Mai Mai appartenant aux diverses ethnies congolaises, Babembe et Bafuleros entre autres. Mais par ailleurs Kigali se méfie d’eux, les soupçonnant de soutenir le général Kayumba  qui  se présente comme favorable au rétablissement de la monarchie…

De plus en plus, l’image du Nord et du Sud Kivu est celle d’une peau de chagrin, morcelée entre les ethnies, les groupes armés qui se comptent par dizaines. Une zone de conflits locaux insérés dans de plus larges conflits d’intérêt,  infiltrée et impliquée dans des trafics divers…

L’une des causes de cette instabilité est l’impunité, justement combattue par le Docteur Mukwege, mais qui résulte des accords de paix  conclus à Sun City au début des années 2000 qui menèrent au retrait des armées étrangères moyennant l’intégration de leurs supplétifs dans l’armée nationale.  L’instabilité, le manque de lisibilité de ces guerres sur les collines sont aussi le résultat de la contagion en terre congolaise des conflits vécus dans les pays voisins.  Le lubrifiant de cette violence récurrente est fourni par les ressources de la région, coltan, or, cassitérite, quinquina, des ressources exploitées par tous les intervenants avec des méthodes similaires, sorte de surenchère de l’horreur :  depuis vingt cinq ans, le contrôle du territoire s‘obtient par la terreur exercée à l’encontre des civils, principalement les femmes. Le  viol, pratique jusqu’alors exceptionnelle dans la région  est bien la seule pratique qui se soit démocratisée :  le viol désormais n’est plus l’apanage des seuls combattants, il est pratiqué par des civils, au sein des familles et des communautés, ce qui signifie aussi un affaiblissement des « défenses morales » de la population…

14 octobre 2021

Crime contre l’humanité: cinq femmes métisses assignent l’Etat belge

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Une audience historique au Tribunal de première instance francophone de Bruxelles

Cette fois, les excuses pourraient ne pas suffire, ni la reconnaissance d’un simple préjudice moral. Durant des décennies, ceux que l’on appelait naguère des mulâtres (d’après le terme portugais mulato, mulet) et qui sont aujourd’hui appelés  métis se sont battus non seulement pour retrouver le nom ou la trace de leur père mais aussi pour obliger l’Etat belge à reconnaître ses responsabilités.  On se souvient qu’en 2019 devant la Chambre, Charles Michel alors Premier Ministre, avait reconnu  la ségrégation ciblée dont avaient été victimes les métis issus de la colonisation et présenté des  excuses au nom de l’Etat belge.   Pour Léa Tavares Mujinga, Monique Bintu Bingi, Noëlle Verbeken, Simone Ngalula et Marie-Josée Loshi, ce n’était pas suffisant : comme des milliers d’autres métis vivant en Belgique ou au Congo, elles se souviennent de leurs enfances saccagées, de leurs vies  brisées lorsque l’administration coloniale les arracha à leur milieu familial, coupa tout lien avec leur mère  et les confia à des congrégations religieuses chargées de les éduquer moyennant de maigres subsides.

« On nous disait que « papalétat » (Papa l’Etat, c’est-à-dire l’administration coloniale) était notre père et allait prendre soin de nous »  se souviennent ces cinq septuagénaires qui grandirent ensemble dans l’orphelinat de Katende dans le Kasaï et partagent les mêmes souvenirs : « nous étions 22 filles, confiées aux Sœurs de Saint Vincent de Paul, des néerlandophones qui nous appelaient les enfants du péché et assuraient que notre mère était une prostituée… Nous  devions nous contenter de pain, de lait et de thé et parfois on nous donnait du riz cuit dans l’huile de palme. Nous dormions dans des dortoirs où il y avait des petits lits en bois, avec des nattes usées en guise de matelas. Pour se justifier, les sœurs assuraient que l’administration ne leur donnait pas les moyens de faire mieux… » Léa se souvient que son père, de nationalité portugaise et qui vivait au Congo tenta de retrouver la petite qui lui avait été enlevée « je l’appelais Monsieur, il voulait m’amener au Portugal, mais l’administration ne le lui a pas permis…» D’autres femmes racontent que leur mère n’avait pas le droit de rendre visite aux enfants enlevées mais qu’au moment des vacances, les religieuses n’hésitaient pas à  mettre des gamines d’une douzaine d’années à bord d’un camion, avec 50 francs en poche et la permission de vivre durant deux semaines dans leur famille ! « Sur place, on disait que nous étions de père inconnu, des enfants nés dans la prostitution et lorsque nous retrouvions notre famille congolaise,  nous étions devenus des étrangers ».

Lorsqu’au moment de l’indépendance les rébellions éclatèrent dans le Kasaï,  Bruxelles envoya des avions pour assurer l’évacuation des Européens. Les femmes métisses se souviennent que, sans états d’âme, les religieuses, essayèrent d’embarquer, et laissèrent derrière elles les enfants qui leur avaient été confiées : « papalétat » nous avait abandonnées une deuxième fois, se souvient Monique Bingi qui avait 12 ans à l’époque, « on nous a laissées aux mains des rebelles… » Certaines filles furent victimes d’abus sexuels de la part de miliciens placés là pour les garder puis, envoyées dans des familles indigènes, elles n’y  furent jamais acceptées car considérées comme des « Blanches. » 

Dignes, fières, bien habillées, ces femmes, la septantaine sonnée, ont cependant fait leur vie. Elles se sont mariées, sont venues en Belgique et à leurs enfants et petits enfants elles n’ont rien raconté de leur jeunesse : « nous ne parlions de nos années à Katende que lorsque nous nous retrouvions entre nous.  Comment expliquer que l’Etat avait détruit notre jeunes années, hypothéqué notre vie ? « Ma mère vit toujours, assure Noëlle, « elle a 90 ans et vit au village, mais il n’y a pas beaucoup d’amour entre nous ; j’ai grandi loin d’elle, marquée par tout ce qu’on m’avait raconté à son sujet et elle non plus ne me connaît pas… »

Si ces cinq femmes se sont un jour adressées au cabinet de Me Michelle Hirsch et de son collègue Christophe Marchand, c’est parce qu’elles en avaient assez de chercher des documents introuvables, d’être déboutées par l’administration alors qu’elles tentaient de retrouver le nom de leur père. Assez d’être victimes d’un  racisme latent, dans la droite ligne des considérations coloniales d’antan. Ces dernières estimaient que les métis devaient se marier entre eux,  n’épouser ni des Noirs ni des Blancs et cela afin d’éviter de mélanger davantage les races, d’autant moins que  la « goutte de sang blanc » qui coulait dans les veines des métis pouvait, croyait-on,  être un germe de révolte…

Me Marchand, qui fut avocat de la famille Lumumba, Me Hirsch, qui défendit les victimes du génocide des Tutsis au Rwanda mais aussi l’Etat d’Israël,  Ariel Sharon et Damien Wigny dans le procès de la KBC, ne sont pas du genre à se satisfaire des excuses de Charles Michel ou du conseil de la Reine Fabiola, désignée marraine officielle des métis et qui proposa  naguère à ces derniers de s‘adresser aux CPAS de leurs communes respectives.

Ces ténors du barreau ne craignent pas d’appeler  un chat un chat et ils assignent l’ Etat belge  pour crimes contre l’humanité.  L’assignation date du 24 juin 2020 et elle sera plaidée le 14 octobre prochain, devant le tribunal de première instance de Bruxelles.

C’est du lourd. Il s’agît de déclarer recevable et fondée l’action des plaignantes.  De  constater que les fautes commises par l’Etat belge peuvent être considérées comme des crimes contre l’humanité. De désigner un expert chargé d’évaluer  le préjudice moral subi. De donner enfin accès aux archives.

Malgré la numérisation des documents coloniaux  en principe accessibles aux Archives de l’Etat et dotés d’une sorte de guide GPS très détaillé, les femmes métisses ont eu de la peine à trouver ce qu’elles cherchaient dans les dédales de l’administration. Jusqu’au moment de la numérisation, elles ont du se contenter  des documents contenus dans une modeste chemise  de carton bleu, ramenée de Katende voici vingt ans par l’une d’entre elles : « là bas, les sœurs congolaises avaient tout conservé et nous avons retrouvé quelques traces de nos origines… »

Les avocats réclament aussi  que l’Etat soit condamné à verser 50.000 euros à chacune des plaignantes, plus les frais. « C’est beaucoup et en même temps ce n’est rien face par rapport au dommage irréparable que représentent ces vies brisées » reconnaît Me Hirsch tandis que Me Marchand rappelle que les temps changent, que les crimes coloniaux, les actes de racisme institutionnel ne sont plus frappés d’omerta : le Canada s’est ému du sort qui fut réservé aux enfants autochtones, des cas similaires ont été révélés en Australie…

Répondant à l’argument selon lequel que  les administrateurs coloniaux n’avaient pas conscience de la gravité d’actes qui n’étaient pas considérés comme des crimes à l’époque, les deux avocats rappellent que le tribunal de Nuremberg après la deuxième guerre mondiale établit la notion de crime contre l’humanité, la rendant imprescriptible. Ils soulignent aussi que la jurisprudence permet, sans qu’il soit question de rétroactivité, de poursuivre des crimes de guerre, crimes de génocide et crimes contre l’humanité qui auraient été commis antérieurement à leur codification  législative en droit belge.  Défendant leurs cinq clientes, ils se défendent cependant de faire le procès de la colonisation elle-même.

De toutes manières,  le temps ne changera rien à l’affaire : lorsque Léa, Noëlle, Monique, Simone, Marie-José furent arrachées à leurs mères dans les années 50, donc au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la notion de crime contre l’humanité avait déjà été reconnue. Les plaignantes, qui sont encore de ce monde  entendent témoigner du racisme institutionnel dont elles furent victimes et soumettre à la justice d’aujourd’hui leurs cinq cas particuliers. Des cas qui suscitent la réflexion : chaque jour, qu’il s’agisse de candidats réfugiés traqués par la police voire abattus comme la petite Mawda, d’un étudiant congolais retenu dans un centre fermé durant 17 jours  et d’innombrables vexations et injustices, sans oublier les difficultés d’emploi et de logement, l’actualité démontre que le racisme, -actif ou subliminal- qui imprégna l’entreprise coloniale et ses règlements administratifs n’a pas disparu et qu’il transparaît encore dans  des comportements quotidiens.  

Alors que les experts peaufinent toujours le rapport sur la colonisation qui devrait être publié cet automne, l’issue de l’action judiciaire de mercredi pourrait relancer la réflexion et revêtir une portée historique…

14 octobre 2021

Les confessions religieuses s’affrontent dans la perspective des prochaines élections

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Le candidat pro-Tshisekedi à la présidence de la CENI est récusé par les catholiques et les protestants

L’actuel blocage à propos de la désignation du président de la Commission électorale indépendante signifie peut-être qu’après deux décennies, la solution de compromis âprement négociée pour sortir de la guerre  et mener le Congo à la démocratie a atteint ses limites. Qu’on en juge : voici vingt ans,  l‘idée avait été retenue de confier l’organisation des scrutins aux représentants de la société civile et les confessions religieuses étaient apparues comme donnant les meilleures, ou les moins mauvaises garanties. Plusieurs hommes d’Eglise, l’abbé Malu Malu, le pasteur Mulunda Ngoy, puis  Corneille Nangaa, s’étaient succédé comme  « puissance organisatrice » des cycles électoraux. Sitôt tournée  la page des premières élections de l’après guerre et de l’après Mobutu en 2006, les présidents successifs de la CENI avaient été  soupçonnés chacun de faire le jeu du président sortant, en l’occurrence Joseph Kabila.

Cette fois, après des mois de blocage et à deux ans du prochain scrutin prévu en 2023, la rupture au sein des confessions religieuses semble consommée : d’un côté on retrouve les représentants de six confessions religieuses « minoritaires », l’Eglise orthodoxe du Congo, l’Eglise de Jésus Christ héritière du prophète Simon Kimbangu, la communauté islamique en RDC, l’Eglise du réveil, l’Union des églises indépendantes et l’Armée du salut. De l’autre apparaissent  deux églises « majoritaires » les catholiques, dont se réclament 34% des croyants et les protestants, représentant 22% des croyants.  

Autrefois relais du pouvoir colonial, ces églises  reposent sur un maillage serré de paroisses,  d’organisations caritatives et citoyennes  qui bien souvent supplée aux pouvoirs publics défaillants. Outre cet ancrage local, ces églises disposent à l’étranger de nombreux relais, de grandes capacités de financement et elles sont souvent apparues comme les seules forces capables de défier  le pouvoir en place, qu’il s’agisse du président Mobutu lors de la Conférence nationale souveraine  ou du Comité laïc de coordination s’opposant à l’éventualité d’un troisième mandat de Joseph Kabila et organisant des manifestations à travers tout le pays.

Alors qu’au nom de l’intérêt général et avec l’assentiment d’une majorité de la population, les églises catholique et protestante avaient fini par taire leurs critiques à propos de la désignation de Félix Tshisekedi à la présidence (alors que leurs observateurs avaient donné gagnant Martin Fayulu) aujourd’hui le clash est patent : chrétiens et protestants refusent d’entériner la candidature de Denis Kadima à la présidence de la CENI.  Les compétences de cet expert électoral reconnu, qui a travaillé au Soudan du Sud ou en Tunisie ne sont pas en cause, mais bien le fait qu’il est considéré comme un proche du président Tshisekedi.  Ce dernier ne cache pas son intention de briguer un deuxième mandat  lors des élections de 2023 et il entend bien mettre toutes les cartes de son côté : c’est ainsi qu’il a fait basculer en sa faveur la majorité à l’Assemblée nationale, s’est assuré le soutien du pouvoir  judiciaire et veille à ce que le contrôle de la CENI le prémunisse  contre toutes les surprises du scrutin.

L’abbé Nshole, porte parole de l’Eglise catholique, a dénoncé publiquement les intimidations et tentatives de corruption en faveur de  Denis Kadima. Sans mettre en cause la « technicité » de ce dernier, il a cité l’offre de jeeps ou de sommes allant jusque 100.000 dollars en récompense à un vote favorable au candidat du pouvoir.  En outre, au Kasaï, fief de Tshisekedi, les autorités catholiques ont dénoncé l’attaque de plusieurs églises tandis qu’à Kinshasa,  l’abbé Njila, chancelier de l’archidiocèse, a fait état de dégradations, de chants et d’actes désobligeants à l’encontre  de son église.

Alors que l’impasse est totale et pourrait mener à une guerre entre confessions religieuses, Jonas Tshiombela, de la Nouvelle société civile, nous explique que « face au blocage actuel, l’Assemblée nationale devrait intervenir, passer une nouvelle loi qui retirerait aux confessions religieuses la charge d’organiser les élections et élargirait cette tâche à toutes les organisations de la société civile. » Pour lui, il est urgent de trouver une solution «  sinon nous allons être confrontés à une nouvelle tentative de « glissement » : une prolongation du mandat de Tshisekedi faute de puissance organisatrice ou d’arbitre du futur scrutin …

14 octobre 2021

Cadavres noirs, un livre à l’emporte pièce

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Une colère juste n’est pas nécessairement bonne conseillère.  « Cadavres noirs » le livre publié par Gérard Prunier, africaniste aussi distingué que baroudeur et spécialiste reconnu de l’Afrique de l’Est, est inspiré par une rage aussi méritoire que maladroite.

 Durant des décennies, l’auteur a bourlingué, dans des centres d’études (en Ethiopie entre autres) des ambassades, des universités. Il  a cheminé aussi,  et c’est cela qui compte, sur des pistes improbables et des brousses lointaines, dans ces lieux où la mondialisation n’est qu’un concept qui tue et ou l’ « ailleurs », c’est à dire l’exil, est synonyme à la fois de salut et de perdition.  L’auteur fait partager sa révolte devant ces barques chargées de migrants, cette approximation des chiffres sinon des fait lorsqu’il s’agît de dénombrer les victimes des conflits multiples, si facilement baptisés d’ « ethniques », ou les effets des catastrophes dites naturelles qui sont aussi dues à l’exploitation forcenée des ressources et  à des politique agricoles inadaptées. L’auteur  met en cause une sorte d’« invisibilité » du continent africain, dont les malheurs  ne seraient pris en compte que lorsqu’ils sont relayés par MSF ou le tam tam des agences onusiennes et il craint que ce continent, depuis si longtemps lié à l’Europe, soit expulsé de l’histoire. On ne pourrait que louer ce  souci d’une éventuelle marginalisation de l’Afrique si l’auteur ne cédait lui-même à la tentation des poncifs et des raccourcis saisissants. Car enfin, Prunier n’ignore certainement pas la loi du « mort kilométrique » enseignée à tout journaliste débutant, et il sait que plus la victime est éloignée, moins importe son sort.  Les Africains sont loin d’être les seules victimes de cette myopie : aujourd’hui que la guerre froide appartient à l’histoire, qui se soucie vraiment des paysans du Laos qui recueillent encore les fragments des bombes larguées par les B52,  des Indiens Mapuches du Chili ou des Misquitos du Nicaragua, pour ne pas parler des 500.000 marins philippins qui, confinés dans les soutes de leurs cargos, attendirent durant des mois la fin du confinement pour pouvoir retrouver leurs familles ? Sauf lorsque, Ouigurs ou Rohingas, ils sont persécutés par le nouvel adversaire chinois, la plupart des peuples du Sud, minoritaires ou non, ont depuis longtemps cessé d’être balayés par les projecteurs et les Africains n’ont pas le monopole de l’indifférence. Avec tant d’autres, ils subissent le mépris latent que traduit l’approximation des faits et des chiffres. Car enfin, alors que les victimes du génocide de 1994 au Rwanda ont été recensées à l’unité près,  peut ont décemment évoquer  ses conséquences au Congo en assurant que les guerres qui s’y sont succédé auraient fait « entre trois et cinq millions de morts », en mélangeant les victimes des combats, de la maladie, de l’épuisement ? A cette affaire expédiée en deux pages, l’auteur  ajoute même les victimes du froid et de la pneumonie, disparus dans la forêt tropicale et… caniculaire. Rares étaient les journalistes et à fortiori les chercheurs et autres africanistes qui ont suivi l’exode des réfugiés hutus à travers la forêt congolaise, mais le fait de ne pas avoir été sur le terrain ne permet pas pour autant de dire n’importe quoi et la désinvolture, aussi indignée soit elle, ressemble parfois à du mépris.

En revanche, l’auteur a raison de relever que, même si les projecteurs sont éteints, le soleil, lui « reste allumé » et qu’à l’avenir le changement climatique risque de jeter vers l’Europe des vagues migratoires qui n’auront rien à voir avec les modestes débarquements d’aujourd’hui…Prunier, tous ses livres le démontrent, connaît l’Afrique. Il y a vécu, il  l’aime, il a une vision prémonitoire du futur et son indignation a des accents prophétiques. Son propos bouscule et interpelle, mais les « cadavres noirs » auraient mérité d’être évoqués autrement qu’à l’emporte pièce, voire sur le coin d’une table de bistrot…

Colette Braeckman Gérard Prunier, Cadavres noirs, collection Tracts, Gallimard, no