5 janvier 2022

“Congo Hold up”, Clap, deuxième saison

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Après l’enquête « Congo Hold up » initiée entre autres par Mediapart et portant principalement sur les détournements massifs s’étant produits sous l’ « ère Kabila »  le politologue Jean-Claude Mputu,  porte parole de l’association  « le Congo n’est pas à vendre »  se demande  si la formule réactualisée ne devrait pas se focaliser sur les dérives du pouvoir actuel, un avis partagé par  le lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba, à l’origine de la première fuite de documents.

A Kinshasa, le professeur Muteba, animateur de l’Office d’évaluation de la dette publique se  pose la même question. Dénonçant les dérapages budgétaires de la présidence, il reproche à la très redoutée Inspection des Finances de ne pourfendre que le pouvoir sortant,  d’exonérant ses tenants actuels.  Pour Jean Claude Mputu, « à part les discours, rien n’a changé dans les pratiques. Tous ceux qui, au cours de l’année écoulée,  avaient été arrêtés à grand bruit et accusés de corruption ont été libérés, qu’il s’agisse de Vital Kamerhe, ex numéro deux du régime et toujours président du parti UNC  (Union nationale pour le Congo),  du ministre de l’enseignement secondaire et supérieur Willy Bakonga, du ministre de la santé Eteni Lokongo… »

Par contre le dernier ministre de la santé nommé par Joseph Kabila, le Docteur Olly Ilunga, n’a bénéficié d’aucune mesure de grâce tandis que la mort très suspecte du juge Yanyi, initiateur de l’enquête sur Vital Kamerhe n’a jamais été élucidée.

La  taxe RAM,  (récepteurs audiovisuels mobiles),  prélevée à la source sur tous les téléphones portables dès qu’est insérée une carte SIM, est extrêmement impopulaire. Alors que le portable est devenu un élément essentiel de la vie sociale, cette ponction rapporte des dizaines de millions de dollars : «ce scandale remonte jusqu’au cœur de la famille présidentielle » assure Jean-Claude Mputu, rappellant que « le ministre des télécommunications Augustin Kibassa Maliba n’est autre que le beau frère du chef de l’Etat. »

Décrétée par Tshisekedi au lendemain de son accession au pouvoir, la gratuité de l’accès à l’enseignement primaire aurait du être l’une des mesures phares du régime : « elle a rendu l’espoir à quatre millions d’enfants dont les parents n’avaient jusque là pas les moyens de payer les frais scolaires » se  réjouit jusqu’aujourd’hui le militant de la société civile Malu  Mulamate à Lubumbashi.

Jean-Claude Mputu relève cependant que « cette décision a été prise en croyant que la Banque Mondiale allait accorder sans conditions ou études préalables le milliard de dollars promis à la RDC »… Cette mesure  a engendré un long et pénible conflit opposant l’Etat aux écoles privées, surtout catholiques ou protestantes. Elle a aussi mené  les enseignants à se mettre en grève car, amputé  de la contribution des parents,  leur salaire se réduisait à 120 dollars par mois.

Qu’il s’agisse de la gratuité de l’enseignement ou de l’état de siège, l’absence de préparation de ces mesures a renforcé l’impression d’amateurisme…

Cap sur les élections de 2023

Un point est cependant acquis : les Congolais seront appelés à voter en 2023 et le président Tshisekedi entend bien remporter un second mandat,  afin de pouvoir concrétiser les promesses lancées durant le premier.

Cette ambition a déjà provoqué une crise grave entre le pouvoir et les églises catholique et protestante : représentant deux des huit confessions religieuses reconnues et 80% des croyants, elles ont longtemps récusé le candidat Denis Kadima imposé à la tête  de la CENI (commission électorale indépendante), estimant que ce Kasaïen, expert  électoral réputé, était trop proche du chef de l’Etat. Même si les deux églises  ont fini par s’incliner, le doute subsiste et le politologue Jok Oga estime que  « cette épreuve a laissé des traces. Elle a affaiblit  l’Etat lui-même, ce qui est une catastrophe… »

De nombreux observateurs relèvent aussi que  dans cet immense pays pluri ethnique qu’est le Congo, le tribalisme revient en force : les citoyens du Nord et du Sud Kivu critiquent les accords conclus avec le Rwanda,  les Katangais constatent que, plus que jamais, Kinshasa accorde des permis d’exploitation minière sans consultation et ils s’estiment envahis par des Kasaïens protégés en haut lieu…

Quant à ces campagnes de l’arrière pays,  enfin découvertes par  Félix Tshisekedi lors de son retour –triomphal- au Kasaï natal, elles se ressemblent d’Est en Ouest : délaissées, sans infrastructures routières, privées d’eau et d’électricité,  minées par l’exode rural, la migration vers les villes et les régions minières.  A tel point que, 25 ans après sa disparition,  nombre de Congolais en viennent à regretter Mobutu et ne croient plus aux promesses de ses successeurs…