2 janvier 2022

Desmond Tutu un homme de feu et de foi

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Desmond Tutu s’est éteint, comme une bougie au lendemain de Noêl et chacun se souvient de la lumière que dégageait ce petit homme passionné qui utilisait l’humour comme une arme aussi décapante que le pardon ou la foi.

Compagnon de lutte de Nelson Mandela, il porta la voix du héros durant les 29 années de prison de ce dernier, il soutint la révolte d’un peuple opprimé et, détruisant méthodiquement les soubassements idéologiques de l’apartheid, il réveilla la conscience du monde et poussa à l’action des millions de militants dans son pays et ailleurs.

Artisan de ce qui s’appellera le miracle sud africain, -ce changement de régime qui s’opéra sans violence-, il dirigea par la suite la Commission Vérité et réconciliation, laissant couler ses larmes à l’écoute des victimes, permettant aux bourreaux de détailler jusqu’au bout leur logique et leurs crimes puis plaidant pour le pardon.

Il ne faudrait cependant pas se leurrer : ce juste n’était pas un tendre, cet homme généreux était  capable de miséricorde mais jamais il ne se trompa de combat ou de cible.   Il était bienveillant certes, mais sa bonté résultait de sa force intérieure, cette force qui lui avait permis de soutenir un combat ininterrompu  contre l’apartheid et ses conséquences délétères, cette force qui inspirait une solidarité active avec tous les autres peuples victimes de la ségrégation, de l’exploitation et du mépris. De Desmond Tutu, on aime retenir la bonté, l’humour, le sens du pardon, la générosité. Il ne faudrait cependant pas oublier que cet homme de foi pouvait  se montrer intransigeant et impitoyable, y compris à l’égard des siens : s’il fustigea les tenants de l’apartheid, il n’hésita pas non plus à dénoncer le président du Zimbabwe Robert Mugabe, cependant fidèle compagnon de lutte, il critiqua sans pitié les dérives de l’ANC ( ce Congrès national africain qui avait libéré la population noire) et il   dénonça aussi la corruption et le laxisme moral du président Jacob Zuma.  

Les « maîtres du monde » fussent ils ralliés au nouveau régime l’impressionnaient moins encore : dénonçant le soutien apporté par Londres à la guerre en Irak, il refusa de s’asseoir aux côtés de l’ancien Premier Ministre Tony Blair et dans son propre pays, il osa demander que l’on taxe les Blancs pour les bénéfices accumulés  grâce à l ’apartheid ! A juste titre, Louis Michel,  qui l’avait invité aux Assisses du développement, rappelle que Desmond Tutu espérait que l’Afrique surmonte ses divisions en s’inspirant de l’exemple de l’Union européenne, où les adversaires d’hier étaient parvenus à travailler ensemble.  Oserions nous dire que cette Europe d’aujourd’hui aurait bien besoin d’un homme, d’un prophète tel que Desmond Tutu ? Un bâtisseur, un réconciliateur certes mais aussi un homme fier de son histoire, aussi assuré de ses valeurs que lucide sur les carences et les trahisons de l’idéal fondateur. Face aux débats sur la migration, sur les séquelles du colonialisme, sur l’identité et même sur l’avenir, le Vieux Continent en perte de repères gagnerait à relire les messages portés par Desmond Tutu, un homme qui tendit la main, ouvrit son cœur mais jamais ne transigea sur les principes et garda jusqu’au bout sa liberté de pensée et de parole.