10 novembre 2021

L’errance des Pygmées, étrangers sur la terre de leurs ancêtres

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Les Pygmées, appelés ici les Bambuti, sont les plus  oubliés de tous les Congolais. Dans la forêt, dans les hautes montagnes de l’Itombwe ou dans le massif de Kahuzi Biega,  ils vivent de leurs ruches, de la récolte des chenilles, de la chasse et lorsqu’ils pratiquent le brûlis, c’est pour se débarrasser des bois morts. Aujourd’hui, ces peuples autochtones sont cernés de toutes parts, chassés de leurs territoires. Non loin des rives du lac Tanganyika,  dans le village de Kamanyola, 250 ménages  sont venus se réfugier sur cette plaine sablonneuse où les paysans Bafuleros les considèrent comme des étrangers. Ils subsistent grâce à leurs femmes, qui, inlassablement continuent à produire de superbes pots de terre cuite qu’elles essaient de vendre  sur les marchés.  C’est la prolifération des groupes armés, rwandais, burundais, congolais, menant dans les Haut Plateaux une guerre à laquelle les Pygmées sont étrangers qui les a obligés à fuir et à proposer leurs services aux agriculteurs bantous. Mais le président de l’ « organisation des peuples autochtone » reconnaît que dès qu’il le peut,  il remonte vers le village d’origine, dont il ramène une plante médicinale, le Vernonia,  aux feuilles extraordinairement amères qui soigne les maladies intestinales et autres maux.

Largués sur ce bout de terre menacé par les risques d’inondation, les Pygmées partagent leur triste sort avec  leurs voisins, 212 familles de Tutsis Banyamulenge, des éleveurs vivant en altitude qui eux aussi ont été chassés par la guerre et l’incendie de leurs villages. Tous dénoncent le fait que les pays voisins,  l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, poursuivent leurs propres guerres en territoire congolais tandis que le pillage des ressources s’accélère : pour le malheur des autochtones, des gisements de lithium ont été découverts sur les Haut Plateaux, à Luhihi le « bois rouge » est exploité intensivement et les hauts arbres impitoyablement abattus prennent la direction du port de Kigoma en Tanzanie.  

A Bukavu, nous rencontrons des natifs de Mwenga, membres de l’Acadosha, une association de protection des ressources naturelles.  Jusqu’aujourd’hui, ils ne comprennent pas par quel miracle, dans cette région reculée, privée de routes et de pistes d’atterrissage, les Chinois ont réussi  amener des dragues immenses qui râclent le fond des rivières Elila, Luhindi, Zalia pour y trouver de l’or. Ces rivières sont aujourd’hui défigurées, polluées par le mercure déversé par les orpailleurs. Les  animaux se sont enfuis et les locaux ont eu moins de chance : ils assurent que les Chinois n’hésitent pas à les fouetter lorsqu’ils refusent de se mettre  à leur service.

Vue d’ici, la rébellion qui vient de se déclarer à Bukavu apparaît inévitable : tous nos interlocuteurs vomissent Kinshasa, qui accorde des permis d’exploitation minière ou forestière à des étrangers, ne se préoccupe guère du sort des populations locales, sauf pour tenter de leur extraire une taxe sur les appareils téléphoniques, dont la destination finale est inconnue.

Durant des heures, nos interlocuteurs détaillent leurs griefs et annoncent que plusieurs groupes ethniques ont décidé de prendre les armes : Babembe, Bafulero, Bashi,  tous se prépareraient à attaquer les Chinois et à les chasser de leurs terres. L’accord passé avec le Rwanda par le président Tshisekedi,  qui prévoit de diriger vers une raffinerie de Kigali l’or extrait du Sud Kivu,  est également décrié et présenté comme une trahison…

Au vu de ce pillage systématique, de l’absence de développement de la province,  de l’incurie des autorités locales et du « libre parcours » accordé aux milices et armées étrangères, on comprend mieux les causes du mouvement rebelle qui vient d’apparaître au grand jour à Bukavu et qui n’a peut être pas dit son dernier mot…

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