4 novembre 2021

Les experts ont lancé le boomerang du passé colonial

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« Dis grand père, c’était comment le Congo ? » Les jeunes Belges, qui sont intrigués par les photos de famille, les statues et les masques ramenés d’Afrique, par les souvenirs que l’on égrène et les secrets que l’on ne révèle pas risquent d’ouvrir de grands yeux s’ils lisent le rapport que dix experts d’origine et de formation diverses ont remis aux parlementaires nommés au sein de la Commission Congo. Car, aux yeux des spécialistes, le verdict, à quelques nuances près, est sans appel : la colonisation belge au Congo se résume à 80 années d’occupation d’un territoire africain jusque là inconnu, aux contraintes multiples exercées sur une population privée de ses droits et durement réprimée dans ses aspirations à la liberté.  Pulvérisés, les mythes de l’ « œuvre civilisatrice », de la christianisation, de la lutte contre l’esclavage, de la « mise en valeur » de ces vastes régions fertiles ou riches en minerais.

Sous  le scalpel des experts, le « Congo colonial » se voit dépouillé de tous les oripeaux de l’autojustification. Les experts ont cruellement réduit la colonisation à l’essentiel de ce qu’elle était en réalité et qui fut soigneusement occulté par la outils de la propagande et le renfort de la bonne conscience : une entreprise d’exploitation des richesses, minérales et agricoles, rendue possible par la mise au travail, forcé ou misérablement payé, d’une main d’œuvre captive ou dépendante,  à laquelle il était interdit de se déplacer à l’intérieur du pays ou d’aller tenter sa chance au-delà des frontières.  Pire encore, le racisme fut  le soubassement de cette société où l’on vivait séparé sans que soit prononcé le terme d’apartheid, où l’anthropologie physique qui établissait la prétendue supériorité des « Blancs avait fondé un prétendu savoir scientifique. Et pourtant, les Belges se disaient experts du Congo : ils en connaissaient les minerais, les plantes et les arbres, avaient sondé les sols, épinglé les papillons et dénombré toutes les tribus, figeant chacun dans son habitat et son appartenance…Connaissaient ils réellement les Congolais ? Les auteurs du rapport ne se prononcent pas : ils rappellent cependant que si les soldats de la Force Publique furent oubliés et que les prophètes tels que Simon Kimbangu furent envoyés en relégation, en Belgique aussi les quelques voix qui dénonçèrent  l’entreprise coloniale  crièrent fort, mais dans le désert…

Même s’il ne recèle aucune véritable  surprise, ce rapport sera accueilli avec douleur et colère par beaucoup, comme une insulte à un passé qui, croyait- on, avait permis à la Belgique de donner le meilleur d’elle-même. Il appartiendra aux parlementaires, avec dignité et courage, de digérer tout cela, de regarder en face la réalité d’un passé implacablement mis à nu.  Mais il faudra aussi en tirer les conséquences pour le présent : se demander à la fois où se trouvent les origines de ce racisme latent qui nous hante et si le peuple congolais, plus que tout autre spolié, jusqu’aujourd’hui, ne mérite pas, plus que jamais, réparation, soutien et solidarité. Moins au nom du passé que de l’avenir que nous pourrions encore construire ensemble……