14 octobre 2021

Les confessions religieuses s’affrontent dans la perspective des prochaines élections

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Le candidat pro-Tshisekedi à la présidence de la CENI est récusé par les catholiques et les protestants

L’actuel blocage à propos de la désignation du président de la Commission électorale indépendante signifie peut-être qu’après deux décennies, la solution de compromis âprement négociée pour sortir de la guerre  et mener le Congo à la démocratie a atteint ses limites. Qu’on en juge : voici vingt ans,  l‘idée avait été retenue de confier l’organisation des scrutins aux représentants de la société civile et les confessions religieuses étaient apparues comme donnant les meilleures, ou les moins mauvaises garanties. Plusieurs hommes d’Eglise, l’abbé Malu Malu, le pasteur Mulunda Ngoy, puis  Corneille Nangaa, s’étaient succédé comme  « puissance organisatrice » des cycles électoraux. Sitôt tournée  la page des premières élections de l’après guerre et de l’après Mobutu en 2006, les présidents successifs de la CENI avaient été  soupçonnés chacun de faire le jeu du président sortant, en l’occurrence Joseph Kabila.

Cette fois, après des mois de blocage et à deux ans du prochain scrutin prévu en 2023, la rupture au sein des confessions religieuses semble consommée : d’un côté on retrouve les représentants de six confessions religieuses « minoritaires », l’Eglise orthodoxe du Congo, l’Eglise de Jésus Christ héritière du prophète Simon Kimbangu, la communauté islamique en RDC, l’Eglise du réveil, l’Union des églises indépendantes et l’Armée du salut. De l’autre apparaissent  deux églises « majoritaires » les catholiques, dont se réclament 34% des croyants et les protestants, représentant 22% des croyants.  

Autrefois relais du pouvoir colonial, ces églises  reposent sur un maillage serré de paroisses,  d’organisations caritatives et citoyennes  qui bien souvent supplée aux pouvoirs publics défaillants. Outre cet ancrage local, ces églises disposent à l’étranger de nombreux relais, de grandes capacités de financement et elles sont souvent apparues comme les seules forces capables de défier  le pouvoir en place, qu’il s’agisse du président Mobutu lors de la Conférence nationale souveraine  ou du Comité laïc de coordination s’opposant à l’éventualité d’un troisième mandat de Joseph Kabila et organisant des manifestations à travers tout le pays.

Alors qu’au nom de l’intérêt général et avec l’assentiment d’une majorité de la population, les églises catholique et protestante avaient fini par taire leurs critiques à propos de la désignation de Félix Tshisekedi à la présidence (alors que leurs observateurs avaient donné gagnant Martin Fayulu) aujourd’hui le clash est patent : chrétiens et protestants refusent d’entériner la candidature de Denis Kadima à la présidence de la CENI.  Les compétences de cet expert électoral reconnu, qui a travaillé au Soudan du Sud ou en Tunisie ne sont pas en cause, mais bien le fait qu’il est considéré comme un proche du président Tshisekedi.  Ce dernier ne cache pas son intention de briguer un deuxième mandat  lors des élections de 2023 et il entend bien mettre toutes les cartes de son côté : c’est ainsi qu’il a fait basculer en sa faveur la majorité à l’Assemblée nationale, s’est assuré le soutien du pouvoir  judiciaire et veille à ce que le contrôle de la CENI le prémunisse  contre toutes les surprises du scrutin.

L’abbé Nshole, porte parole de l’Eglise catholique, a dénoncé publiquement les intimidations et tentatives de corruption en faveur de  Denis Kadima. Sans mettre en cause la « technicité » de ce dernier, il a cité l’offre de jeeps ou de sommes allant jusque 100.000 dollars en récompense à un vote favorable au candidat du pouvoir.  En outre, au Kasaï, fief de Tshisekedi, les autorités catholiques ont dénoncé l’attaque de plusieurs églises tandis qu’à Kinshasa,  l’abbé Njila, chancelier de l’archidiocèse, a fait état de dégradations, de chants et d’actes désobligeants à l’encontre  de son église.

Alors que l’impasse est totale et pourrait mener à une guerre entre confessions religieuses, Jonas Tshiombela, de la Nouvelle société civile, nous explique que « face au blocage actuel, l’Assemblée nationale devrait intervenir, passer une nouvelle loi qui retirerait aux confessions religieuses la charge d’organiser les élections et élargirait cette tâche à toutes les organisations de la société civile. » Pour lui, il est urgent de trouver une solution «  sinon nous allons être confrontés à une nouvelle tentative de « glissement » : une prolongation du mandat de Tshisekedi faute de puissance organisatrice ou d’arbitre du futur scrutin …