30 août 2021

L’ancien Premier Ministre Matata Mponyo frappé par la “judiciarisation”

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Etienne Tshisekedi, père de l’actuel président congolais était le premier docteur en droit de l’histoire du Congo  et lorsqu’il fut nommé Ministre de la Justice, sa province d’origine le Kasaï devint une pépinière de juristes, qui alimentèrent le barreau, la magistrature, les rangs des défenseurs des droits de l’homme. Rien d’étonnant dès lors à ce que Félix Tshisekedi  mette aujourd’hui en œuvre une nouvelle forme de combat politique : la judiciarisation. Une méthode simple, qui consiste, par voie judiciaire,  à écarter du jeu de  potentiels rivaux ou des adversaires déclarés en invoquant des pratiques de corruption, dont l’origine remonte à la  Table ronde du printemps 1960…

L’ancien Premier Ministre de Joseph Kabila, Matata Ponyo Mapon, dont l’immunité parlementaire avait été levée,   vient ainsi d’être mis en résidence surveillée  après avoir été confronté aux inspecteurs de la police judiciaire tandis que son ancien directeur de cabinet était acheminé à la prison de Makala.  Le sénateur déchu avait déjà été cité dans l’accablante affaire de Bukanga Lonzo, ce méga projet agricole  dans le Bandundu, qui coûta  300 millions de dollars à l’Etat congolais, partenaire d’une société sud africaine Africom.  Dans le cas présent, l’ex Premier Ministre est poursuivi  dans l’affaire dite de la zaïrianisation. Au début des années 70 en effet, le président Mobutu avait zaïrianisé des biens et des sociétés appartenant à des étrangers et cette  nationalisation, qui avait bénéficié à l’entourage du chef de l’Etat et à son parti avait lésé de nombreux Belges. Durant quatre décennies, le Zaïre fut confronté à cette créance et lorsque  le président Joseph Kabila plaida pour que soit allégée ou supprimée la dette dont le remboursement plombait les finances congolaises,  le FMI comme la Banque Mondiale ne se contentèrent pas de critiquer les crédits chinois, ils posèrent comme préalable le remboursement des créanciers des années 70 et la direction de la dette publique se chargea des négociations.  Même avec une décote, les 300 créanciers furent finalement dédommagés et la RDC  bénéficiant d’une annulation de sa dette, se retrouva  à nouveau éligible aux programmes de soutien du FMI et de la Banque Mondiale.  M. Matata Mponyo  alors ministre des Finances de Joseph Kabila, est aujourd’hui accusé d’avoir remboursé des créanciers fictifs. Il nous a déclaré que les ambassadeurs occidentaux de l’époque pourraient témoigner du fait que ces créanciers, parmi lesquels de nombreux Belges, étaient bien réels et qu’ils furent dédommagés, le travail préparatoire ayant été mené par la Direction de gestion de la dette publique (DGDP).

Si cette accusation  fait long feu, d’autres charges, en plus de Bukanga Lonzo,  seront sans doute brandies contre l’ancien premier ministre et surtout contre son épouse. En effet, alors que M. Matata entretenait une réputation de rigueur et d’efficacité (arrivé au bureau dès l’aube il associait rigueur et ponctualité…) il laissait son épouse mener les affaires privées.  Au-delà des affaires financières, aussi lourdes soient elles, le grief principal est que M. Matata, un ancien pilier du système Kabila, a gardé une certaine popularité dans sa province du Maniema  où il a construit avec l’argent de l’Etat une université et de nombreuses écoles. Son sort rappelle celui de Vital Kamerhe,  ancien directeur de cabinet de Tshisekedi : accusé de détournement de fonds dans le cadre du programme dit des 100 jours et  jeté en prison toutes ses demandes  d’élargissement pour raisons de santé sont systématiquement rejetées malgré la popularité qu’il garde au Kivu.  De la même manière, le gouverneur de la province du Lualaba Richard Mueij, qui construisit de nombreux bâtiments publics à Kolwezi et tenta de réguler l’exploitation minière, se trouve aujourd’hui sur la touche  à Kinshasa.

Quant à Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga,  il est directement visé par une proposition de loi déposée par Noël Tshiani, un banquier d’origine kasaïenne, qui voudrait réserver la joute électorale aux candidats de père et de mère congolais.  Cette exigence de « congolité » (qui rappelle l’ « ivoirité » qui fit couler le sang en Côte d’Ivoire) pourrait s’avérer dangereuse dans l’immense Congo où l’invocation de la « nationalité douteuse » est déjà une arme politique bien affûtée.  Elle pourrait même se retourner, tout comme la judiciarisation, contre l’actuel président qui a passé trente années en Belgique, « sa seconde patrie ». Certes, Félix Tshisekedi n’a pas le  passeport belge, mais  de très nombreux membres de son cabinet sont issus de l’ancienne métropole. Faute de résultats tangibles, qu’il s’agisse de l’économie,  de l’Est où l’état de siège est toujours en vigueur ou de la gestion du Covid, les armes que le pouvoir, deux ans avant les élections, fourbit pour disqualifier ses rivaux potentiels, sont à double tranchant.