3 décembre 2010

Collision frontale en Côte d’Ivoire

Catégorie actualité, commentaire

Alors que la situation se tend dangereusement en Côte d’Ivoire, quelques réflexions s’imposent : la première, au vu des électeurs qui se sont dirigés vers les bureaux de vote dans le calme, mus par l’espoir d’enfin sortir de la crise, on ne peut que constater que si les peuples d’Afrique sont mûrs pour l’exercice démocratique, les dirigeants bien souvent ne le sont pas, ils sont taraudés par le goût du pouvoir, l’ambition, le sentiment de leur légitimité exclusive. La seconde constatation, c’est que, même si les élections étaient considérées comme un moyen d’enfin stabiliser le pays, il était sans doute imprudent, dans le chef de la communauté internationale, de les organiser dans un pays toujours coupé en deux, culturellement et surtout géographiquement. En effet, les provinces du Nord toujours contrôlés par les Forces nouvelles n’ont jamais été réellement réunifiées avec le reste du pays et cette division, ce contrôle bien réel exercé par les anciens rebelles pouvait évidemment alimenter toutes les suspicions.
En outre, on savait depuis longtemps qu’entre Ouatttara et Gbagbo, le choc ne pouvait qu’être frontal, qu’aucune conciliation n’était possible en dépit des belles paroles échangées sous les feux des caméras. Le premier en effet est très visiblement soutenu par la «communauté internationale» dont il parle langage et a adopté les manières policées, tout en ayant discrètement soutenu la rébellion, alors que le second se pose en héros dénonce les innombrables coups fourrés dont il a déjà fait l’objet (et dont certains sont bien réels…) et mise sur le plus dangereux des alliés, la rue d’Abidjan, galvanisée par une idéologie nationaliste. Entre ces deux hommes le fossé est profond, la haine sans doute totale ; elle pourrait pousser aux pires violences leurs partisans respectifs et décourager toute tentative de médiation à l’africaine, d’hypothétique partage du pouvoir…
Sans doute fallait il être naïf ou machiavélique, pour croire que le fair play serait possible entre deux hommes qui, sous des dehors courtois et contrôlés sont aussi des chefs de bande, prisonniers l’un comme l’autre de leurs entourages et de leurs sponsors.
Les risques sont grands de voir la Côte d’Ivoire à nouveau plongée dans la guerre civile et s’acheminer vers un éclatement de facto. Cette fracture pourrait s’étendre à toute la région, où l’on a déjà vu le Sénégal d’Abdoulaye Wade soutenir ouvertement Ouattara tandis que les populations sahéliennes s’identifient aux « nordistes » ivoiriens.
Les élections ressemblaient à une voie royale pour sortir de la crise, mais avant de la choisir, il aurait fallu être sûr que les deux conducteurs étaient résolus à respecter le code de la route et que la police de roulage était impartiale…