11 novembre 2008

Rose Kabuye, championne du combat judiciaire

Catégorie actualité

Directrice du protocole du président Paul Kagame, Mme Mme Rose Kabuye, se prépare à comparaître devant la justice française pendant qu’à Kigali, les manifestations de protestation se multiplient. De plus, l’ambassadeur du Rwanda en Allemagne a été rappelé et son homologue allemand à Kigali a reçu une lettre le priant de quitter le pays. Le Rwanda déplore aussi que la justice allemande ait décidé de remettre en liberté deux « génocidaires » présumés dont il avait réclamé l’extradition, Callixte Mbarushimana et Onesphore Rwadukombe.
Dans son pays, Mme Kabuye est considérée comme une héroïne : cette femme de 47 ans, qui a rang de colonelle, est une combattante de la première heure au sein du Front patriotique rwandais où avec une autre militante, Aloysia Inyumba, elle était, entre autres, chargée des récoltes de fonds. Le 6 avril 1994, Mme Kabuye faisait partie de la petite délégation du FPR qui se trouvait dans les bâtiments du Parlement rwandais lorsque l’avion du président Habyarimana fut abattu. Après la guerre, elle fut maire de Kigali où elle entama les grands travaux de modernisation de la ville et elle est réputée très proche du chef de l’Etat.
Le président Kagame, qui était invité par la Bourse de la ville de Franfort, s’est rendu à la prison pour femmes où Mme Kabuye, qui l’avait précédé en Allemagne à titre officiel et n’a pas bénéficié du statut diplomatique, a été placée sous écrou extraditionnel. La prévenue a confirmé sa disposition à être extradée vers la France où elle fera face à ses juges afin, disent ses proches, d’ « enfin prendre connaissance du dossier et de crever l’abcès ». Mme Kabuye fait l’objet d’un mandat d’arrêt émis par le juge Jean-Louis Bruguière qui l’accuse, avec huit autres officiels rwandais, d’avoir participé à l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. Elle pourrait être extradée cette semaine encore et ses avocats se battent pour qu’elle puisse gagner la France librement.
En fait, avec Rose Kabuye comme « championne », le Rwanda a engagé avec la France une nouvelle manche de la partie de poker menteur qui oppose les deux pays depuis 1994 et qui a cette fois la justice internationale pour théâtre : après avoir vainement saisi la Cour internationale de justice en avançant que les mandats d’arrêt délivrés contre de hauts dirigeants handicapaient le fonctionnement de l’Etat, Kigali a désormais choisi de se battre sur le terrain de l’adversaire. En effet, pour justifier la détention de Mme Kabuye, le successeur du juge Bruguière sera obligé de communiquer les pièces de ses dossiers aux avocats de la défense. D’ores et déjà, au vu de la faiblesse de l’acte d’accusation (le magistrat ne s’est pas rendu sur le terrain et se fonde sur des témoins qui se sont rétractés depuis lors, avouant qu’ils avaient été manipulés…) on peut douter de la substance des preuves qui seront avancées.
En outre, le Rwanda se prépare à passer à l’offensive et à émettre à son tour des mandats d’arrêt internationaux contre 23 responsables civils et militaires français parmi lesquels Edouard Balladur, Premier Ministre en 19994, Alain Juppé, Ministre des Affaires étrangères à l’époque et son directeur de cabinet d’alors Dominique de Villepin, Hubert Védrine, secrétaire général à l’Elysée ainsi que des responsables militaires de l’époque dont le général Lafourcade qui commandait l’Opération Turquoise. Ce dernier, en compagnie de cinq colonels a porté plainte pour diffamation. La plainte rwandaise se fonde sur les conclusions d’une commission d’enquête nationale qui accuse la France d’avoir formé les milices génocidaires avant 1994 et d’avoir agi en complicité avec eux, d’avoir protégé puis accueilli les principaux dignitaires du régime Habyarimana.
Cette bataille judiciaire se déroule alors que les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues depuis novembre 2006 et si la France bénéficie de la solidarité des pays de la zone Schengen, le Rwanda mobilise activement les pays africains contre une justice internationale qu’il considère manipulée et partiale.